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Panne de courant à Laval : la facture du mépris climatique

Des dizaines de milliers de personnes plongées dans le noir à Laval après des orages violents, ce n’est pas un accident météo. C’est le résultat d’années de négligence planifiée, d’un refus collectif d’adapter nos infrastructures à la réalité climatique que nous vivons déjà. Plus de 58 000 foyers privés d’électricité en un claquement de doigts climatique, c’est la preuve que notre réseau énergétique – pourtant vanté comme fleuron québécois – craque sous le poids d’un été qui n’a plus rien d’exceptionnel. Les vents violents, les pluies diluviennes, les pics de chaleur: c’est maintenant le quotidien. Et nous sommes dangereusement mal préparés.

Derrière ces chiffres froids se cachent des réalités humaines brûlantes. Des aînés isolés qui suffoquent sans climatisation lors de canicules de plus en plus meurtrières. Des familles qui voient le contenu de leur frigo partir à la poubelle, une perte qu’elles ne peuvent pas se permettre dans un contexte d’inflation galopante. Des petits commerces de quartier qui perdent une journée, deux journées de revenus, sans compensation. Des travailleuses et travailleurs précaires qui manquent des shifts parce que le réseau de transport est paralysé. Ce sont eux qui paient la facture du sous-investissement chronique dans la résilience de nos infrastructures essentielles.

Hydro-Québec brandit régulièrement ses records d’exportation et ses milliards de profits versés au gouvernement. Pourtant, quand vient le temps de moderniser le réseau pour affronter les chocs climatiques, les budgets se font rares. On préfère construire de nouveaux barrages pour alimenter des projets miniers et des cryptomonnaies plutôt que d’enfouir les lignes, élaguer préventivement, déployer des micro-réseaux résilients dans les quartiers vulnérables. Le calcul est clair: la priorité va aux profits et à l’extractivisme, pas à la protection des populations. L’adaptation climatique reste un angle mort budgétaire, sacrifié sur l’autel de la rentabilité à court terme.

L’adaptation aux changements climatiques ne peut plus être traitée comme un dossier technique relégué aux ingénieurs d’Hydro. C’est une question de justice sociale, de santé publique, de dignité collective. Quand une panne géante frappe, ce ne sont pas les quartiers riches qui restent dans le noir le plus longtemps. Ce sont les secteurs populaires, les tours d’habitation à loyer modique, les banlieues ouvrières comme Laval où l’on a bâti vite et cheap. L’adaptation doit devenir une politique sociale ambitieuse: investir massivement dans la résilience des infrastructures, c’est protéger les plus vulnérables, c’est garantir le droit à l’énergie, à la fraîcheur, à la sécurité alimentaire même quand la météo se déchaîne.

Il est temps d’exiger un plan de modernisation audacieux et financé publiquement, qui place la résilience climatique au cœur des priorités budgétaires. Pas dans dix ans, maintenant. Cela signifie enfouir les lignes dans les zones à risque, multiplier les points de refuge climatisés dans chaque quartier, établir des protocoles d’urgence pour les personnes isolées, imposer des normes d’adaptation aux promoteurs immobiliers. Cela signifie aussi repenser notre modèle énergétique: décentraliser la production, favoriser l’autosuffisance locale, arrêter de traiter l’électricité comme une simple marchandise exportable. Les 58 000 foyers lavalois dans le noir nous crient une vérité: l’urgence climatique exige une révolution infrastructurelle. Et elle ne viendra pas des actionnaires ni des consultants, elle viendra de la pression populaire et de la mobilisation collective.

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