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Panne de courant au Québec : Hydro face au chaos climatique

Plus de 62 000 foyers encore privés d’électricité après des orages violents qui ont balayé le Québec : ce n’est pas un fait divers météo, c’est le visage brutal du régime climatique dans lequel nous vivons désormais. Les tempêtes ne sont plus des exceptions, elles sont devenues la règle. Les canicules tuent, les feux dévorent nos forêts, les pluies diluviennes noient nos infrastructures vieillissantes. Et pourtant, nos gouvernements continuent de gérer la crise comme si c’était 1995. Pendant que les arbres s’effondrent sur les lignes électriques et que des familles entières transvasent leur frigo dans des glacières de fortune, nos élus nous servent des communiqués rassurants et des promesses creuses. La réalité, c’est que notre réseau électrique a été pensé pour un climat stable qui n’existe déjà plus.

Le décalage est vertigineux entre la vitesse à laquelle le chaos climatique s’installe et la lenteur criminelle des réponses politiques. Hydro-Québec annonce des « travaux de rétablissement » comme si on parlait d’une panne ordinaire, alors que chaque été et chaque hiver deviennent des épreuves de survie pour des dizaines de milliers de personnes. Combien de tempêtes encore avant qu’on enfouisse enfin les lignes électriques dans les zones à risque? Combien de morts de chaleur dans des logements sans climatisation avant qu’on impose des normes de construction adaptées? Les scientifiques nous alertent depuis des décennies, les militant·es bloquent des pipelines, les jeunes descendent dans la rue — et pendant ce temps, l’État regarde ailleurs, hypnotisé par les projets d’autoroutes et les subventions aux pétrolières.

Ce qui frappe le plus dans cette débâcle, c’est l’injustice sociale qui transpire de chaque panne, de chaque alerte ignorée. Ce ne sont pas les propriétaires de McMansions climatisées à Westmount qui souffrent le plus : ce sont les personnes âgées isolées, les locataires entassés dans des logements insalubres, les familles monoparentales qui n’ont pas les moyens de s’acheter une génératrice à 2000$. Ce sont aussi les communautés autochtones du Nord, déjà fragilisées par des décennies de négligence coloniale, qui voient leurs réseaux énergétiques crachoter à chaque coup de vent. Le climat frappe tout le monde, mais il ne frappe pas également. La crise climatique est aussi une crise de classe, et elle expose au grand jour la violence structurelle d’un système qui protège les riches et abandonne les vulnérables.

Il est temps d’exiger une adaptation planifiée, sérieuse, financée et rapide. Cela signifie un réseau électrique résilient, des systèmes d’alerte précoce dignes de ce nom, des plans d’évacuation clairs pour les zones à risque, des normes de construction revues de fond en comble pour résister aux nouveaux extrêmes. Cela signifie aussi protéger ce qui nous protège : les forêts qui absorbent le carbone, les milieux humides qui régulent les crues, les écosystèmes que nous continuons de détruire au nom du « développement économique ». Il faut investir massivement dans l’infrastructure publique verte, créer des emplois climatiques bien payés, former des brigades de résilience communautaire. Tout cela coûtera cher? Oui. Mais combien coûte l’inaction? Combien coûtent les vies perdues, les maisons détruites, les régions entières qui deviennent inhabitables?

La solidarité citoyenne est belle et nécessaire : les voisin·es qui s’entraident, les centres communautaires qui ouvrent leurs portes, les bénévoles qui distribuent de l’eau. Mais cette solidarité ne peut pas remplacer la responsabilité de l’État. Dire « on va s’en sortir ensemble » tout en refusant de financer l’adaptation climatique, c’est du cynisme pur. Le gouvernement a le devoir de protéger sa population, pas de la laisser se débrouiller dans le noir pendant que les PDG d’Hydro touchent leurs bonis. Nous ne voulons pas de pensées et de prières : nous voulons un plan d’urgence climatique, un pacte vert contraignant, une rupture avec le capitalisme fossile qui nous tue à petit feu. Le régime climatique est là. La question n’est plus de savoir si nous allons nous adapter, mais de savoir qui paiera le prix — et qui prendra enfin ses responsabilités.

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