Lundi matin, des milliers de travailleurs, d’étudiants et de familles se sont retrouvés coincés sur les quais du REM entre Panama et Brossard. Pas de train, pas d’explication claire, juste un problème d’alimentation électrique qui a paralysé le service pendant des heures. Pendant que les usagers multipliaient les retards au travail et les appels de détresse aux employeurs, CDPQ Infra assurait que « tout serait réglé rapidement ». Mais la réalité, c’est que cette panne n’est pas un incident isolé : c’est le symptôme d’un système de transport collectif conçu comme une vitrine technologique plutôt qu’un service public fiable et accessible.
Les témoignages recueillis sur le terrain racontent une autre histoire que celle des brochures promotionnelles du REM. « J’ai raté ma garde à l’hôpital, ils m’ont dit de me débrouiller », confie Nadia, préposée aux bénéficiaires. « Mon fils devait passer un examen à l’université, il a dû prendre un Uber qu’on n’avait pas les moyens de payer », ajoute Michel, travailleur d’entrepôt. Ces voix ne figurent jamais dans les communiqués officiels, pourtant ce sont elles qui paient le prix réel de l’improvisation et du sous-investissement dans l’entretien et la résilience du réseau.
Le REM a été vendu comme le fleuron de la mobilité durable au Québec, un projet censé réduire notre dépendance à l’auto solo et favoriser la transition écologique. Mais quand le service s’effondre à répétition, c’est la confiance dans le transport collectif qui s’érode. Les usagers ne demandent pas des gadgets futuristes, ils veulent arriver à l’heure au travail, à l’école, chez le médecin. Ils veulent un réseau prévisible, entretenu, pensé pour eux et non pour l’image de marque d’une institution financière publique en quête de rentabilité.
Ce qui choque encore davantage, c’est l’absence totale de reddition de comptes. CDPQ Infra opère dans une zone grise entre le public et le privé, où les profits sont espérés mais les responsabilités diluées. Qui paie pour les heures perdues, les salaires coupés, les examens ratés? Qui répond aux usagers abandonnés sur les quais? La logique financière qui a présidé à la conception du REM — rentabiliser l’infrastructure avant de servir la population — révèle une fois de plus comment le néolibéralisme sabote nos services essentiels, même ceux qui portent l’étiquette verte.
Il est temps de rappeler une vérité simple : le transport collectif n’est pas un produit, c’est un droit. Et tant que nous laisserons des logiques de marché dicter la gestion de nos réseaux, nous continuerons à vivre des pannes évitables, des retards injustifiés et un mépris institutionnel pour ceux et celles qui dépendent du transport en commun. Le REM doit devenir ce qu’il aurait toujours dû être : un service public robuste, transparent et au service de la population, pas une expérimentation financière aux dépens des gens ordinaires.





