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Parachute doré CAE : décryptage d’un départ à 20 M$

Lorsque Marc Parent a quitté la présidence de CAE en juin 2026, il a empoché un package de départ évalué à environ 20 millions de dollars. Pour mettre cette somme en perspective, il faudrait qu’un travailleur québécois gagnant le salaire médian de 55 000 $ travaille sans interruption pendant 364 ans pour accumuler un tel montant. Ce chiffre n’est pas qu’un symbole d’inégalité : il cristallise un débat fondamental sur la gouvernance corporative et la répartition de la richesse créée par nos grandes entreprises. CAE, fleuron technologique québécois employant près de 13 000 personnes, se retrouve ainsi au cœur d’une discussion sur ce qui constitue une rémunération équitable pour les dirigeants dans un contexte où les travailleurs ordinaires peinent à suivre l’inflation.

Ces parachutes dorés reposent sur une logique économique précise que les conseils d’administration défendent avec vigueur. Selon la théorie de la gouvernance moderne, ces packages visent à attirer et retenir les meilleurs talents dans un marché mondial compétitif pour les dirigeants d’élite. Ils comprennent généralement des options d’achat d’actions acquises, des primes de performance différées, des indemnités de départ contractuelles et parfois des clauses de non-concurrence. Dans le cas de Parent, qui a dirigé CAE pendant près d’une décennie marquée par une croissance significative de la capitalisation boursière, les défenseurs argumentent que cette rémunération reflète la valeur créée pour les actionnaires. Pourtant, cette logique ignore une réalité fondamentale : cette valeur n’est pas créée par un seul individu, mais par l’effort collectif de milliers d’employés.

Le contraste avec les revendications salariales des travailleurs de CAE illustre parfaitement ce décalage. Pendant que la direction négociait ce package de départ, plusieurs groupes d’employés réclamaient des augmentations de salaire pour compenser l’inflation de 15% cumulée depuis 2022. Les ingénieurs, techniciens et personnel de soutien qui conçoivent et fabriquent les simulateurs de vol réputés de CAE gagnent en moyenne entre 60 000 $ et 95 000 $ annuellement. Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) révèle que le ratio entre la rémunération des PDG et le salaire médian des employés dans les grandes entreprises canadiennes est passé de 100:1 en 1995 à 243:1 en 2025. CAE s’inscrit parfaitement dans cette tendance troublante qui mine la cohésion sociale et remet en question notre modèle économique.

Les données internationales montrent pourtant qu’il existe des alternatives viables. En Suisse, les actionnaires ont voté en 2013 pour l’initiative Minder qui impose un vote contraignant sur les rémunérations des dirigeants. Aux Pays-Bas, la rémunération variable des PDG est plafonnée à 100% du salaire de base. Au Québec même, plusieurs experts proposent des réformes pragmatiques : imposer un vote consultatif annuel des actionnaires sur les packages de rémunération, modifier la fiscalité pour taxer plus lourdement les sommes dépassant un certain ratio par rapport au salaire médian de l’entreprise, ou encore exiger une transparence totale sur les critères de performance justifiant ces montants. Le projet de loi 42 déposé à l’Assemblée nationale en mars 2026 propose justement d’obliger les sociétés cotées en bourse au Québec à divulguer le ratio entre leur PDG et leur employé médian.

Cette situation dépasse largement le cas individuel de Marc Parent ou de CAE. Elle pose une question démocratique sur le type de capitalisme que nous voulons construire au Québec. Les chiffres sont clairs : selon Statistique Canada, les 1% les mieux rémunérés captent désormais 13,7% du revenu total au pays, contre 8,1% en 1982. Cette concentration de richesse nourrit le cynisme envers nos institutions économiques et fragilise le contrat social. Une gouvernance équitable ne signifie pas niveler par le bas ni décourager l’excellence, mais établir des balises raisonnables qui reflètent la contribution collective à la création de valeur. CAE a l’opportunité, avec sa nouvelle direction, de montrer qu’une entreprise québécoise de calibre mondial peut concilier performance économique et justice distributive. Les données suggèrent qu’une telle approche n’est pas qu’un impératif moral : c’est aussi une stratégie d’affaires durable dans une société qui tolère de moins en moins ces écarts extrêmes.

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