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Pipeline Énergie Est et canicule : qui gagne vraiment?

Barcelone suffoque à 40,7 °C, un record absolu qui fait craquer l’asphalte et les urgences hospitalières. Pendant ce temps, au Canada, l’Alberta et l’Ontario ressuscitent le fantôme d’Énergie Est : un corridor de pipeline pour acheminer le bitume des sables vers les raffineries de l’Est. Christine Fréchette, ministre québécoise de l’Environnement, refuse de fermer la porte à ce projet fossile, invoquant un prétendu « dialogue » avec les provinces. Dialogue avec qui, exactement? Avec les PDG de Suncor et d’Enbridge? Pendant qu’on tergiverse, l’Europe flambe, nos forêts brûlent et les communautés autochtones crient leur refus. Ce n’est pas du développement qu’on nous propose, c’est un pacte avec le diable climatique.

Parlons franchement : qui gagne dans cette relance pipelinière? Les grandes pétrolières, évidemment, qui privatisent les profits pendant que nous socialisons les risques. Les sous-traitants en génie civil, les promoteurs d’infrastructures qui empochent les contrats juteux financés par nos impôts. Les « emplois créés » qu’on nous vend? Temporaires, précaires, concentrés dans les phases de construction. Pendant ce temps, les véritables gagnants — ExxonMobil, Shell, les fonds d’investissement pétroliers — encaissent sans jamais payer la facture climatique. On nous promet la prospérité, on nous livre l’écocide en prime.

Qui paie? Nous. Les contribuables qui subventionnent les forages et assument les dépassements de coûts. Les Premières Nations dont les territoires sont traversés sans consentement libre, préalable et éclairé — un droit pourtant reconnu par la Déclaration de l’ONU. Les communautés riveraines exposées aux fuites toxiques, aux explosions, à la contamination des nappes phréatiques. Les travailleurs agricoles et forestiers frappés par les canicules et les sécheresses amplifiées par chaque tonne de CO₂ qu’on s’entête à extraire. Les ménages qui suffoquent dans des logements mal isolés pendant que l’argent public part en tuyaux d’acier. Cette arithmétique-là, on ne la lit jamais dans les études d’impact.

Le débat sur le pipeline n’est pas technique, il est politique. Il pose une question brûlante : à qui appartient ce territoire? Aux actionnaires d’Enbridge ou aux nations qui y vivent depuis des millénaires? Aux cabinets de relations publiques qui lavent au vert les projets fossiles ou aux citoyens qui réclament leur droit à un avenir respirable? La démocratie climatique exige qu’on reconnaisse enfin la souveraineté territoriale des Premières Nations et qu’on arrête de traiter le consentement comme une formalité administrative. Sans accord libre et sans urgence climatique reconnue, ce pipeline n’a aucune légitimité.

L’alternative existe, lumineuse et désirable. Investissons massivement dans le transport collectif électrifié, dans la rénovation éco-énergétique de nos bâtiments, dans la sobriété organisée et la transition juste pour les travailleurs du secteur pétrolier. Créons de vrais emplois pérennes dans les énergies renouvelables, l’agriculture écologique, les soins et l’éducation. Rompons avec le réflexe fossile qui nous enchaîne au passé. Barcelone brûle, nos forêts brûlent, et on nous propose encore du bitume. Il est temps de choisir : la vie ou les pipelines. On ne peut plus avoir les deux.

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