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Plein emploi et logement cher : la misère organisée

On nous vend le plein emploi comme une victoire. Les chiffres du chômage descendent, les économistes applaudissent, les gouvernements se congratulent. Mais derrière ces statistiques aseptisées se cache une réalité brutale: des mères monoparentales endettées jusqu’au cou pour payer un loyer qui dévore la moitié de leur salaire, des familles entassées dans des logements trop petits où les enfants n’ont pas d’espace pour faire leurs devoirs, des travailleurs précarisés qui cumulent deux emplois sans jamais voir la lumière au bout du tunnel. La fermeture récente de Meubles Nouveau Concept à Montréal, qui jetait des dizaines d’employés à la rue du jour au lendemain, illustre parfaitement cette insécurité structurelle: avoir un emploi ne garantit plus rien, surtout pas la dignité.

Le logement est devenu l’arme de destruction massive de la classe moyenne et populaire québécoise. Depuis une décennie, les loyers ont explosé tandis que les salaires stagnaient, créant une crise de l’abordabilité qui pousse les ménages dans un endettement vertigineux. Les propriétaires-investisseurs, ces vampires de la financiarisation immobilière, achètent des blocs entiers pour les revendre au prix fort ou les transformer en condos hors de prix. Le résultat? Des familles qui consacrent 60%, parfois 70% de leur revenu au loyer, qui s’endettent sur leurs cartes de crédit pour nourrir leurs enfants, qui vivent dans le surpeuplement et la peur constante de l’éviction. Cette violence économique n’est pas un accident: c’est le produit d’un système qui traite le logement comme une marchandise plutôt qu’un droit.

L’endettement des ménages québécois atteint des sommets historiques, dépassant 180% du revenu disponible selon les dernières données. Cette dette n’est pas le fruit de l’irresponsabilité individuelle, comme voudraient nous le faire croire les moralisateurs néolibéraux. C’est la conséquence directe d’un transfert massif du risque économique des institutions vers les individus. Quand les loyers montent, quand l’épicerie coûte 30% plus cher qu’il y a trois ans, quand les services publics sont sabordés par l’austérité et qu’il faut payer de sa poche pour la garde d’enfants ou les soins dentaires, les familles n’ont pas le choix: elles s’endettent ou elles coulent. Les banques et les propriétaires s’enrichissent pendant que les travailleuses et travailleurs s’appauvrissent, piégés dans un cycle infernal de remboursements qui les empêche d’épargner, d’investir dans leur avenir ou simplement de respirer.

Parlons des emplois qu’on nous demande de célébrer. De quels jobs parle-t-on exactement? Des postes précaires sans avantages sociaux? Des contrats à temps partiel qui interdisent toute planification? Des salaires minimum qui n’ont jamais suivi l’inflation? La qualité de l’emploi a été sacrifiée sur l’autel de la flexibilité du marché, ce joli euphémisme pour dire que les patrons peuvent exploiter à volonté sans contrepartie. Pendant ce temps, les syndicats sont affaiblis, le droit du travail est contourné par l’ubérisation, et les filets de sécurité sociale sont tellement troués qu’ils ne retiennent plus personne. Cette économie prétendument florissante produit de l’insécurité existentielle à la chaîne, et on voudrait qu’on s’en réjouisse?

Il est temps de poser les vraies questions politiques. À quoi sert une économie qui fonctionne pour les chiffres mais pas pour les humains? Pourquoi acceptons-nous qu’avoir un emploi ne suffise plus à vivre décemment? Comment tolérons-nous que le logement, besoin fondamental, soit devenu un instrument de spéculation et d’extraction de richesse? La solution ne viendra pas des ajustements cosmétiques ni des crédits d’impôt qui enrichissent les propriétaires. Il nous faut une transformation radicale: contrôle des loyers universel, construction massive de logements sociaux, renforcement des droits des locataires, salaire viable garanti, et démarchandisation du logement. Sinon, cette « bonne » économie continuera d’écraser celles et ceux qu’elle prétend servir, et les statistiques rassurantes masqueront la détresse réelle d’une population à bout de souffle.

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