Des centaines de vies pourraient être sauvées chaque année à Montréal si on osait enfin s’attaquer à la pollution des transports. Une récente étude révèle ce que les communautés de première ligne savent déjà: les émissions liées au transport tuent. Pas métaphoriquement. Littéralement. Des décès prématurés causés par la pollution atmosphérique, concentrés dans les quartiers où les familles n’ont pas les moyens de fuir vers les banlieues verdoyantes. Pendant que les décideurs politiques débattent de la largeur des pistes cyclables, des enfants respirent du plomb et des particules fines en attendant l’autobus. C’est une injustice environnementale crasse, documentée, évitable — et pourtant, nous continuons de construire notre ville autour de la voiture individuelle comme si c’était 1965.
Les chiffres ne mentent pas: réduire les émissions du transport éviterait des centaines de décès prématurés annuels dans la métropole. Ces morts ne sont pas distribués au hasard. Les quartiers populaires, ceux où les familles racisées et immigrantes vivent entassées près des autoroutes et des axes de camionnage, encaissent le plus gros de cette facture mortelle. Pendant ce temps, les quartiers riches jouissent d’arbres matures, de parcs, d’air relativement pur. Cette géographie de la mort n’est pas naturelle: elle est le produit d’un urbanisme au service du capital, qui a sacrifié la santé collective sur l’autel de la fluidité automobile et de l’étalement urbain.
Qui gagne dans ce statu quo toxique? Les concessionnaires, les pétrolières, les promoteurs de banlieues-dortoirs, les lobbyistes du macadam. Qui perd? Les enfants dont les poumons se développent dans un cocktail de NOx et de particules ultrafines. Les aînés vulnérables aux maladies respiratoires et cardiaques. Les cyclistes et piétons contraints de partager l’espace avec des VUS de deux tonnes. Les usagers du transport collectif, abandonnés par des décennies de sous-investissement pendant qu’on élargissait les autoroutes. Cette fracture n’est pas qu’écologique: elle est sociale, générationnelle, raciale. Et elle tue.
Les solutions existent, elles sont connues, documentées, appliquées ailleurs avec succès. Réduire massivement l’usage de la voiture solo par des zones à faibles émissions, des péages urbains, des investissements massifs dans le transport collectif électrifié et accessible. Repenser l’urbanisme pour rapprocher les lieux de vie, de travail, de loisirs. Électrifier réellement, pas juste remplacer des Civics par des Teslas pour que les riches continuent de polluer en se donnant bonne conscience. Ces politiques ne sont pas que climatiques: ce sont des politiques de santé publique. Chaque bus ajouté, chaque piste cyclable protégée, chaque rue piétonnisée, c’est une vie sauvée, un enfant qui respire mieux, une communauté qui reprend son droit à l’air pur.
La vie ordinaire mérite mieux que cette dépendance mortifère à l’automobile. Nous méritons des villes où respirer ne soit pas un privilège de classe, où se déplacer ne signifie pas sacrifier des vies sur l’autel de la vitesse et du confort individuel. L’étude est claire, les données sont là, l’urgence est criante. Maintenant, c’est une question de volonté politique — et de mobilisation citoyenne pour arracher cette volonté des mains qui préfèrent protéger les profits plutôt que les poumons. Montréal peut choisir: continuer d’étouffer, ou respirer enfin. Des centaines de vies attendent cette décision.





