Maya-Lefebvre_2026-07-12_quand_le_costco_devient_un_ring_de_haine

Racisme en magasin : le Costco d’Halifax choque

C’était un samedi ordinaire dans un Costco d’Halifax, entre les palettes de papier toilette et les échantillons gratuits, jusqu’à ce qu’un homme transforme l’allée en scène de violence raciste. Une femme racisée s’est fait insulter, crier dessus, humilier devant des dizaines de témoins qui tenaient leur panier. Les mots ont fusé, lourds de mépris, filmés par des téléphones qui tremblaient. L’arrestation d’un suspect quelques jours plus tard a fait les manchettes, mais derrière ce « fait divers », il y a une femme qui ne pourra peut-être plus jamais faire son épicerie sans regarder par-dessus son épaule. Il y a aussi une question que personne ne veut poser : combien de fois cela arrive-t-il sans caméra, sans témoin, sans arrestation?

La victime, dont l’identité a été protégée, a accepté de témoigner auprès d’organismes communautaires. Elle raconte l’humiliation brûlante, le sentiment d’être nue devant la foule, l’incompréhension face au silence des autres clients. « Personne n’a bougé pendant les premières secondes, dit-elle. Comme si c’était normal. » Ce détail, plus que les insultes elles-mêmes, résume le vrai problème : le racisme ordinaire prospère dans l’indifférence collective. Les espaces commerciaux comme Costco sont censés être neutres, accessibles à tous. Mais pour les personnes racisées, ils deviennent parfois des terrains minés où l’hostilité peut exploser à tout moment, sans avertissement.

L’arrestation du suspect est une première étape, mais elle ne répare rien. Elle ne gomme pas le traumatisme, ne change pas le climat social qui banalise ces agressions. Au Canada, les crimes haineux ont augmenté de 72 % entre 2019 et 2023, selon Statistique Canada. Les femmes racisées sont particulièrement vulnérables, coincées entre sexisme et racisme. Et pourtant, les outils de protection dans les lieux publics restent faibles : aucune formation obligatoire pour les employés, aucun protocole clair pour intervenir, aucune mesure de soutien immédiat pour les victimes. Costco, comme la plupart des grandes chaînes, a publié un communiqué condamnant « toute forme de discrimination », mais sans annoncer de changement concret. Les mots ne suffisent plus.

La responsabilité des témoins est aussi en question. Pourquoi tant de personnes restent-elles figées face à la violence? La psychologie sociale parle « d’effet spectateur » : plus il y a de monde, moins chacun se sent responsable d’agir. Mais ce phénomène ne peut pas excuser l’inaction quand quelqu’un subit une agression raciste sous nos yeux. Des organismes comme la Fondation canadienne des relations raciales plaident pour des campagnes de sensibilisation publique, des formations citoyennes, des gestes simples : se placer aux côtés de la victime, filmer, appeler la sécurité, témoigner. Être témoin, c’est aussi être acteur. Et dans ce Costco d’Halifax, trop de gens ont choisi le silence.

Cet incident n’est pas isolé, il est révélateur. Il montre que le racisme n’est pas qu’une question de lois ou de statistiques, mais de dignité humaine bafouée dans les gestes du quotidien. Tant que les entreprises ne se doteront pas de politiques claires, tant que les institutions ne protégeront pas concrètement les victimes, tant que les citoyens détourneront le regard, les allées des supermarchés resteront des zones de non-droit pour certains. La femme du Costco d’Halifax mérite mieux qu’une arrestation tardive. Elle mérite un monde où faire ses courses n’est pas un acte de courage.

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