Camille_Dufresne_2026-07-18_REM_en_panne

REM en panne : service public, usagers et retards

Plus de trois heures d’interruption entre Panama et Gare Centrale. Encore. Le Réseau express métropolitain, ce fleuron technologique vanté comme la modernité incarnée, s’est transformé hier en salle d’attente bondée, en retards en cascade, en quarts de travail compromis. Pendant que les communicants du projet polissent la carrosserie médiatique, les usagères et usagers captifs — celles et ceux qui n’ont pas de char de rechange, pas de télétravail, pas de marge — subissent les ratés d’un système pensé d’abord pour briller, pas pour tenir. Le transport collectif ne devrait jamais être une loterie. Pourtant, c’est exactement ce que devient le REM : un pari quotidien sur la ponctualité, un espoir que ça fonctionne assez longtemps pour te rendre à la garderie, à l’hôpital, au boulot.

Ce qui s’est joué hier sur les quais, c’est l’effondrement d’une promesse. On nous avait vendu la fluidité, l’efficacité, le futur. On se retrouve avec des travailleuses de la santé coincées à mi-chemin de leur shift, des étudiantes qui manquent leurs examens, des parents qui arrivent en retard chercher leurs enfants. Le temps volé aux gens ordinaires ne compte jamais dans les bilans de projet. Aucune colonne Excel ne mesure l’angoisse d’un retard imprévu, le salaire perdu, la fatigue accumulée. Parce que dans la logique néolibérale du transport, l’usager n’est pas un citoyen : c’est un chiffre, une unité d’achalandage, un potentiel de rentabilité. Et quand ça plante, on invoque les « ajustements techniques », jamais la responsabilité politique.

Le REM cristallise tout ce qui cloche dans notre rapport aux infrastructures publiques. On privatise la gestion, on sous-traite la maintenance, on confie à des consortiums le soin de gérer ce qui devrait relever de l’intérêt collectif. Résultat : des pannes à répétition, une opacité totale sur les causes réelles, des usagers traités en consommateurs mécontents plutôt qu’en citoyennes et citoyens en droit d’exiger des comptes. La CDPQ Infra se drape dans le langage corporatif de l’« incident isolé », mais isolé de quoi ? Depuis son ouverture, le REM accumule les ratés : portes bloquées, système de signalisation défaillant, interruptions prolongées. Ce n’est pas de la malchance. C’est structurel.

Derrière chaque panne, il y a des vies réelles. La mère monoparentale qui risque de perdre sa job parce qu’elle accumule les retards. L’infirmier qui ne peut pas se permettre de manquer son quart de nuit. L’étudiante endettée qui perd trois heures de sa journée déjà écrasée par la précarité. Le transport en commun n’est pas un luxe. C’est un droit. C’est la possibilité même de participer à la vie sociale, économique, culturelle. Quand il flanche, c’est toute la dignité des classes populaires et moyennes qui est bafouée. Parce que celles et ceux qui dépendent du transport collectif n’ont pas de plan B. Ils n’ont que l’attente, la frustration, et l’amère certitude que personne, en haut, ne paiera pour ce cafouillage.

Il est temps de revenir à l’essentiel : un service public, c’est fiable ou ce n’est rien. Ça ne sert à rien de pavaner avec des chiffres d’achalandage records si les usagères et usagers ne peuvent pas compter sur le système pour arriver à l’heure. On exige la transparence totale sur les causes de ces pannes. On exige un plan d’action concret, avec échéanciers et imputabilité. On exige que la CDPQ Infra cesse de jouer aux relations publiques et assume ses responsabilités. Le REM doit cesser d’être une vitrine pour devenir enfin ce qu’il aurait toujours dû être : un outil au service des gens, pas un monument à la gloire du partenariat public-privé. Parce qu’un transport en panne, c’est une société en panne. Et on mérite mieux que ça.

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