Un séisme de magnitude 7,3 a frappé le nord du Venezuela ce jeudi, faisant au moins 235 morts et des centaines de disparus sous les décombres de Caracas et de plusieurs villes côtières. Mais au-delà de la violence tellurique, c’est l’effondrement des capacités de réponse de l’État vénézuélien qui sidère les observateurs internationaux. Ambulances immobilisées faute de carburant, hôpitaux sans générateurs fonctionnels, équipes de secours dépourvues d’équipement de détection : la catastrophe naturelle révèle brutalement l’état de délabrement d’un pays asphyxié par quinze ans de crise économique, de mauvaise gestion et de sanctions occidentales. Ce que le séisme met à nu, c’est moins la fatalité géologique que l’abandon politique d’une population laissée sans filet.
Car si les tremblements de terre ne discriminent pas, les bilans humains, eux, reflètent toujours les inégalités structurelles. Au Venezuela, les infrastructures publiques sont exsangues. Selon Human Rights Watch, près de 70 % des hôpitaux du pays fonctionnent en mode dégradé depuis 2020, avec des pénuries chroniques de médicaments et d’électricité. Les bâtiments qui se sont effondrés — écoles, immeubles résidentiels, postes de police — n’avaient jamais été mis aux normes parasismiques, faute de fonds publics. Les experts rappellent que le Venezuela se situe sur une zone sismique active, mais qu’aucun plan de prévention national n’a été mis à jour depuis une décennie. En d’autres termes, cette tragédie était prévisible. Elle était même annoncée.
Impossible de comprendre cette vulnérabilité sans évoquer le rôle des sanctions économiques américaines et européennes. Depuis 2017, Washington a gelé les avoirs du gouvernement Maduro, interdit les transactions pétrolières et bloqué l’accès aux marchés financiers internationaux. Si ces mesures visaient officiellement à faire pression sur un régime autoritaire, elles ont surtout paupérisé la population : le PIB vénézuélien a chuté de 75 % en huit ans, provoquant l’exode de plus de sept millions de personnes. Aujourd’hui, les ONG présentes sur place dénoncent l’incapacité du pays à importer du matériel médical, des pièces détachées pour les infrastructures ou même des vivres d’urgence. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU rappelle que les sanctions, même « ciblées », ont des effets systémiques dévastateurs.
À Montréal, la diaspora vénézuélienne suit les événements avec une angoisse mêlée de colère. « Ma sœur est à Maracay, elle dort dehors depuis deux jours par peur des répliques, raconte Carolina, infirmière installée au Québec depuis 2019. Les hôpitaux n’ont même pas de gaze. » Pour elle comme pour des milliers d’exilés, le séisme cristallise une double trahison : celle d’un gouvernement incapable de protéger son peuple, et celle d’une communauté internationale qui punit les civils au nom de principes géopolitiques. Des collectes de fonds s’organisent à travers les églises, les associations culturelles, les réseaux sociaux — une solidarité transnationale nécessaire mais dérisoire face à l’ampleur des besoins.
Cette catastrophe rappelle Haïti en 2010, ou encore le Népal en 2015 : partout où les infrastructures sont fragiles et l’État affaibli, les tremblements de terre deviennent des massacres sociaux. La géographie ne suffit pas à expliquer les 235 morts vénézuéliens — c’est l’histoire politique qui les compte. Si la communauté internationale veut vraiment aider, elle doit lever immédiatement les sanctions qui entravent l’aide humanitaire, soutenir financièrement la reconstruction et cesser d’instrumentaliser la souffrance des peuples. Le séisme passera. Mais l’indifférence, elle, continue de tuer.





