La rentrée scolaire 2026 révèle une fois de plus l’ampleur de l’effondrement organisé de nos services publics. Dans plusieurs écoles du Québec, les services de garde explosent tous les seuils, avec des débordements atteignant plus de 200 % de leur capacité selon la FTQ. Pendant que nos élus se gargarisent de discours sur la famille et la conciliation travail-vie personnelle, des centaines d’éducatrices craquent sous la pression, des milliers d’enfants sont entassés dans des locaux inadéquats, et des mères — car oui, ce sont encore majoritairement elles — doivent jongler avec l’impossible. Ce n’est pas un accident de parcours, c’est le résultat prévisible et criminel de décennies de sous-investissement néolibéral dans nos infrastructures éducatives.
Les éducatrices en service de garde témoignent d’une réalité insoutenable: ratios dépassés, heures supplémentaires non payées, épuisement professionnel systémique. « On nous demande de surveiller 40 enfants dans un local prévu pour 20, sans matériel, sans soutien », confie une travailleuse syndiquée qui préfère garder l’anonymat par peur de représailles. Ces femmes — car c’est un secteur massivement féminisé et sous-payé — portent sur leurs épaules l’ensemble du système de conciliation travail-famille québécois. Leur santé mentale et physique est sacrifiée sur l’autel de l’austérité budgétaire, pendant que les gouvernements successifs applaudissent leur « résilience » sans jamais augmenter les budgets ni embaucher le personnel nécessaire.
Pour les parents, particulièrement les mères monoparentales et les familles à revenus modestes, cette crise se traduit par une anxiété quotidienne. Impossible de travailler sereinement quand on sait que son enfant est entassé dans un gymnase avec trois douzaines d’autres, sous la surveillance débordée d’une éducatrice au bord du burnout. Les listes d’attente s’allongent, les places en service de garde se négocient comme des biens rares, et l’improvisation politique remplace toute planification structurelle. Ce chaos organisé reflète une vérité que personne n’ose nommer: l’État québécois a abandonné les femmes et les enfants des classes populaires à leur sort, tout en continuant de subventionner les profits corporatifs et les baisses d’impôt pour les mieux nantis.
Les conséquences de cette négligence s’étendent bien au-delà de la simple logistique. Les enfants qui vivent dans des environnements de garde surchargés développent du stress, de l’anxiété, des difficultés comportementales. Les éducatrices, écrasées par les ratios impossibles, ne peuvent offrir l’accompagnement éducatif et affectif dont les jeunes ont besoin pour grandir sereinement. La réussite éducative, ce mantra répété ad nauseam par nos politiciens, se construit dès la petite enfance — mais comment peut-elle fleurir dans des conditions aussi dégradées? La FTQ a raison de sonner l’alarme: ce n’est pas juste une question de places manquantes, c’est tout un pan de notre infrastructure sociale qui s’effondre pendant que nos gouvernements colmatent les brèches à coups de pansements budgétaires temporaires.
Cette rentrée chaotique est le symptôme d’un État néolibéral à bout de souffle, incapable de répondre aux besoins essentiels de sa population. Il est temps d’exiger un réinvestissement massif dans les services de garde publics, des ratios respectés, des salaires décents pour les éducatrices, et une planification à long terme plutôt que des solutions de fortune électoralistes. Les mères, les enfants et les travailleuses du secteur méritent mieux que cette improvisation cruelle. Le mouvement syndical, les groupes communautaires et les parents doivent se mobiliser pour imposer un véritable changement structurel — parce que l’éducation et le soin ne sont pas des marchandises, ce sont des droits. Et ces droits-là, on ne les négocie pas, on les arrache.





