La rentrée 2026 n’est pas un simple retour en classe. C’est un test politique brutal pour un Québec qui suffoque sous les crises cumulées : urgences bondées, classes surpeuplées, inflation qui étrangle les familles, catastrophes climatiques qui frappent à répétition. Pendant que les chefs politiques se réunissent pour discuter stratégie, des milliers de parents font la file devant des écoles débordées, des travailleurs de la santé craquent sous la pression, et des jeunes se demandent quel avenir leur reste. Ce n’est pas une coïncidence, c’est un système qui refuse de financer le commun et qui préfère laisser les citoyen·ne·s absorber seul·e·s les chocs.
La logique dominante est claire : privatiser les profits, socialiser les pertes. Les services publics crèvent sous le poids de décennies d’austérité déguisée, pendant que les gouvernements successifs multiplient les baisses d’impôts et les contrats aux géants privés. Les familles paient pour les fournitures scolaires, les malades attendent des mois pour une opération, les travailleuses en santé font du temps supplémentaire obligatoire. Ce n’est pas une crise de gestion, c’est un choix politique : faire porter la facture à celles et ceux qui n’ont pas les moyens de refuser.
Ces crises ne sont pas isolées, elles sont interconnectées. Le sous-financement chronique des écoles et des hôpitaux découle de la même idéologie qui nous rend dépendants du marché pour tout : logement, alimentation, transport. La fragmentation des services publics n’est pas un accident, c’est une stratégie pour mieux les démanteler. Quand l’État se retire, les inégalités explosent et ce sont toujours les mêmes qui trinquent : les femmes racisées qui travaillent trois emplois, les familles monoparentales qui jonglent avec les factures, les jeunes qui renoncent à leurs études parce que survivre coûte trop cher.
La solidarité n’est pas un supplément moral, c’est la condition même de la légitimité politique. Un gouvernement qui laisse ses institutions s’effondrer, qui abandonne ses citoyen·ne·s à la loi du marché, qui sacrifie le bien commun sur l’autel de la rigueur budgétaire, perd toute prétention à représenter le peuple. L’usure des institutions publiques est aussi l’usure de notre contrat social. La fatigue sociale que nous ressentons collectivement n’est pas une fatalité, c’est le symptôme d’un modèle à bout de souffle qui ne tient plus que par notre résignation.
Mais la résignation n’est pas une option. Cette rentrée doit devenir un moment de rupture : refuser l’acceptabilité de l’inacceptable, exiger le réinvestissement massif dans nos services publics, reconstruire le commun comme projet collectif et non comme vestige du passé. Les mouvements sociaux, les syndicats, les groupes communautaires, les jeunes qui descendent dans la rue pour le climat : tou·te·s portent la même exigence de justice et de dignité. C’est dans cette convergence que se trouve notre force. Le Québec de demain ne se construira pas dans les salons feutrés du pouvoir, mais dans la rue, dans les assemblées, dans l’organisation collective qui refuse de courber l’échine.





