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Tarifs douaniers Trump : quand les travailleurs paient

La suspension temporaire des tarifs douaniers de Trump n’est pas une victoire : c’est une trêve fragile qui expose la violence structurelle d’une économie canadienne enchaînée à Washington. Pendant que les éditorialistes célèbrent la « force » du Canada, les travailleuses et travailleurs d’usine regardent leurs lignes de production ralentir, les producteurs laitiers scrutent l’horizon avec inquiétude, et les ménages voient leur pouvoir d’achat s’effriter sous le poids d’une incertitude qu’aucun communiqué gouvernemental ne peut dissiper. L’improvisation de la Maison-Blanche n’est pas un bug : c’est le mode de fonctionnement normal d’un empire qui utilise le commerce comme arme de subordination. Et nous, on encaisse.

Parler de « position de force » relève du storytelling politique, pas de l’analyse matérielle. Le Canada dépend des États-Unis pour 75 % de ses exportations. Cette asymétrie n’est pas une donnée météo passagère : c’est le résultat de décennies de libre-échange qui ont désindustrialisé nos régions, fragilisé notre souveraineté alimentaire et transformé notre économie en sous-traitante continentale. Quand Trump menace, nos investissements gèlent, nos emplois deviennent précaires, et nos gouvernements tremblent. La « force » dont on nous parle existe surtout dans les PowerPoint des lobbyistes qui vendent encore l’intégration nord-américaine comme horizon indépassable.

Les entreprises, elles, peuvent attendre, réorganiser leurs chaînes d’approvisionnement, reporter leurs investissements. Mais les ménages et les travailleurs, eux, n’ont pas de coussin financier pour absorber le choc. L’inflation importée gruge les budgets d’épicerie, les mises à pied « temporaires » deviennent permanentes, et les salaires stagnent pendant que les actionnaires encaissent les profits d’une volatilité bien gérée. C’est toujours la même mécanique : le libre-échange socialise les risques — on partage tous l’anxiété, la précarité, les fermetures — mais privatise les gains. Et pendant ce temps, on nous demande de serrer les dents au nom de la « compétitivité ».

C’est précisément pour cette raison que la gestion de l’offre dans le secteur agricole doit être défendue bec et ongles. Ce système, tant décrié par les apôtres du marché libre, protège nos producteurs laitiers et nos éleveurs de la brutalité des fluctuations mondiales et de la pression à la baisse des prix imposée par les géants américains. Il garantit des revenus stables, une alimentation locale de qualité, et une souveraineté alimentaire qui n’est pas une abstraction, mais un rempart contre la dépendance. Abandonner la gestion de l’offre pour plaire à Trump ou aux négociateurs de l’ACEUM, c’est troquer notre autonomie contre une intégration encore plus totale dans un système qui nous écrase.

Il est temps d’arrêter de croire que le salut viendra d’une meilleure négociation avec Washington. Ce qu’il nous faut, c’est une politique industrielle publique ambitieuse, des investissements massifs dans les infrastructures vertes, une réappropriation collective de nos chaînes de production, et une agriculture qui nourrit d’abord nos communautés. Pas pour se replier sur un nationalisme frileux, mais pour construire une économie solidaire, écologique et résiliente, capable de résister aux caprices d’un empire en déclin. Tant qu’on restera accrochés à l’idée que le libre-échange est notre seul horizon, on continuera de payer le prix de l’improvisation des autres. Et ce prix-là, ce sont toujours les mêmes qui le paient.

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