À quinze ans, Mathis Leduc-Boily incarne cette génération qui refuse d’attendre que les adultes daignent protéger la planète. Depuis des mois, cet adolescent québécois mène une bataille acharnée pour sauver une tourbière de 38 hectares à Blainville, menacée par un projet de développement résidentiel. Sa lutte rappelle étrangement celle de jeunes militants aux quatre coins du globe : des défenseurs des mangroves au Bangladesh, aux gardiens des zones humides d’Amazonie péruvienne, en passant par les activistes qui bloquent le drainage des marais en Indonésie. Partout, la même équation : biodiversité contre béton, eau contre profit, futur contre court terme.
Ce qui frappe dans le combat de Mathis, c’est son inscription immédiate dans un réseau transnational de solidarité écologique. Les tourbières ne connaissent pas de passeports : elles stockent 30% du carbone terrestre mondial tout en ne couvrant que 3% des terres émergées. Détruire celle de Blainville, c’est participer à la même dynamique destructrice qui assèche les zones humides de Camargue, draine les peatlands écossais ou privatise les oasis sahéliennes. Le développeur invoque l’intérêt local, mais l’impact climatique, lui, est planétaire. Cette réalité échappe encore à trop d’institutions qui pensent territoire alors qu’il faut penser biosphère.
L’audace de ce jeune homme face à la municipalité et aux promoteurs immobiliers évoque d’autres figures de résistance juvénile : Greta Thunberg bien sûr, mais aussi Autumn Peltier défendant l’eau au Canada, Vanessa Nakate pour les forêts ougandaises, ou encore les militants de Fridays for Future au Liban qui bloquent les décharges illégales dans les wadis. Tous partagent cette lucidité inconfortable : les adultes au pouvoir ne protégeront pas ce qu’ils devraient, alors il faut occuper l’espace public, médiatiser, résister. Mathis utilise les mêmes armes : pétitions, présence terrain, interpellation directe des élus.
Mais comme le savent bien les activistes du Sud global, la persévérance individuelle ne suffit jamais. C’est le réseau de soutien — citoyens, scientifiques, ONG, médias — qui transforme l’indignation en rapport de force. À Blainville, ce sont les voisins mobilisés, les biologistes qui documentent la richesse écologique du site, les juristes qui scrutent les failles réglementaires. Cette solidarité concrète fait écho aux coalitions qui, au Brésil, défendent les veredas du Cerrado, ou aux collectifs sénégalais qui bloquent l’accaparement des terres humides par l’agrobusiness. L’isolement est la première victoire des promoteurs ; la connexion, notre meilleure arme.
L’histoire de cette tourbière québécoise nous rappelle une vérité que le Sud connaît depuis longtemps : il n’y a pas de petits combats écologiques. Chaque milieu humide préservé maintient un corridor de biodiversité, stocke du carbone, filtre de l’eau, atténue les crues. Dans un monde où les catastrophes climatiques ignorent les frontières, défendre 38 hectares à Blainville, c’est aussi défendre les deltas du Bangladesh et les berges du lac Tchad. La solidarité climatique n’est pas qu’un slogan : c’est la reconnaissance d’une interdépendance écologique qui devrait guider chaque décision d’urbanisme, ici comme ailleurs.





