Berlin, 25 juillet. En pleine célébration de la Fierté, une voiture fonce dans la foule. Des corps projetés, des cris, du sang sur l’asphalte. Encore. Comme à Nice, comme à Charlottesville, comme partout où la violence d’extrême droite cible celles et ceux qui osent exister autrement. Ce n’est pas un accident, c’est un message : votre joie dérange, votre existence menace, votre visibilité sera punie. Pendant que les autorités parlent prudemment d’« incident possible », les communautés LGBTQ+ savent déjà ce qu’elles vivent depuis toujours — une guerre à petit feu, alimentée par l’inaction politique et la banalisation de la haine.
Partout en Occident, l’extrême droite gagne du terrain, et avec elle, la violence anti-LGBTQ+ explose. En Allemagne, les crimes haineux contre les personnes queer ont augmenté de 36 % en deux ans. Aux États-Unis, on compte déjà plus de 500 projets de loi visant à restreindre les droits trans et LGBTQ+ en 2025. Au Canada, des drag queens reçoivent des menaces de mort, des bibliothèques annulent des lectures pour enfants sous pression haineuse, et des politiciens jouent avec le feu en surfant sur la transphobie pour gratter quelques votes. Le lien est direct : chaque discours haineux normalisé ouvre la porte à la violence physique. Chaque silence complice des gouvernements est une autorisation tacite pour les agresseurs.
Pourtant, quand les minorités réclament des mesures de protection concrètes — des lois anti-discours haineux renforcées, des formations obligatoires, des ressources pour les centres communautaires —, on les accuse de demander des « privilèges ». Non. Elles demandent simplement de ne pas se faire renverser pendant qu’elles dansent. Elles demandent que leur droit d’exister ne soit pas négociable, que leur sécurité ne dépende pas de la bonne volonté d’un policier ou de la tolérance conditionnelle d’un voisin. La sécurité n’est pas un privilège, c’est un droit humain fondamental. Et tant que les États refuseront de nommer l’extrémisme de droite comme menace prioritaire, ils seront complices de chaque attaque.
Pendant ce temps, ce sont les communautés elles-mêmes qui organisent leur propre sécurité : bénévoles formés aux premiers soins, équipes de veille pendant les événements, réseaux d’alerte en cas de menace. Les marches de la Fierté ne sont plus seulement des célébrations, elles sont des actes de résistance collective, des démonstrations de courage face à un système qui les abandonne. Chaque drapeau arc-en-ciel brandi devient un bouclier. Chaque slogan scandé, une riposte. Mais pourquoi cette charge devrait-elle peser uniquement sur les épaules des personnes visées? Où sont les plans gouvernementaux d’envergure? Où sont les moyens massifs pour démanteler les réseaux haineux en ligne? Où sont les sanctions réelles contre les incitateurs?
Il est temps d’arrêter de traiter la violence anti-LGBTQ+ comme un fait divers isolé et de la reconnaître pour ce qu’elle est : une offensive politique organisée contre l’égalité et la dignité. Les gouvernements doivent agir : financer les organismes communautaires, criminaliser fermement les discours et actes haineux, former la police et la justice, éduquer dès l’enfance au respect des diversités. Et nous, en tant que société, devons refuser la complicité du silence. Chaque Fierté est un rappel que l’existence queer est politique, que la joie est révolutionnaire, et que face à la haine, la seule réponse acceptable est la solidarité militante. Berlin saigne aujourd’hui, mais la communauté ne reculera pas. Elle ne recule jamais.





