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Gel du projet lithium : capitalisme vert en faillite

Encore une promesse verte qui fond sous les projecteurs du profit : Nemaska Lithium stoppe son chantier minier en Jamésie. Ce projet, subventionné à moitié par l’État, devait être le joyau de la filière batterie québécoise. Mais voilà, l’entreprise privée a jugé le risque trop grand pour « lancer la production » dans le contexte actuel. Dans le silence des machines, ce ne sont pas seulement des foreuses qui s’arrêtent, mais tout un narratif de transition qui part en miette. L’écologie sofa d’un capitalisme qui se replie quand le vent tourne.

Ce gel brutal n’est pas une exception — c’est le symptôme. Quand la décarbonation repose sur les humeurs de marchés privés, les projets dits verts deviennent des produits spéculatifs. On y accole des slogans d’avenir, mais on y sacrifie la planification à long terme. Pas de filet social, pas de garde-fous écologiques, pas de garanties pour les communautés locales. Le capitalisme vert n’a pas d’âme, seulement des bilans trimestriels. Et quand il tourne le dos, c’est la population qui paie l’addition.

La pause de Nemaska expose crûment l’illusion d’un État partenaire. Investisseur soucieux mais désarmé, Québec mise des centaines de millions sans exiger un véritable contrôle démocratique. L’État subventionne, les profits s’envolent — et en cas de pépin, il reste seul à colmater les brèches. Il n’y a pas de stratégie publique digne de ce nom, pas de feuille de route écologique adossée à des droits sociaux. Seulement une foi aveugle dans le ruissellement, qui se transforme ici en abandon planifié.

Des travailleurs laissés sans avenir. Des nations autochtones et des communautés nordiques à qui on avait promis investissements, emplois, infrastructures. À la place, on leur laisse un chantier figé, des questions sans réponse, et des paysages déjà blessés. Le non-sens est total : on creuse au nom du climat, on extrait pour sauver la planète, mais on ne parle jamais de justice. Ni celle des relations Nord-Sud, ni celle entre centre urbain et périphérie exploitée. Tant que le lithium sera vu comme un « or blanc », on en oubliera le sang, la terre et la voix de ceux et celles qu’on force à payer l’électrification du monde riche.

Il est temps de sortir de cette dépendance aux caprices du capital. De penser une gouvernance écologique radicalement démocratique. Les ressources du sous-sol ne devraient pas servir à graisser la machine spéculative, mais à bâtir des communs. Un contrôle public fort, ancré dans les territoires, planifié avec et pour les peuples. Pas de transition écologique sans révolution démocratique. À Nemaska comme ailleurs, nous sommes à la croisée : entre capital gelé et avenir libéré. Il faut choisir.

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