Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-47

Filière batterie : une transition verte en trompe-l’œil

1,3 milliard. C’est le prix d’une promesse creuse, suspendue à Nemaska comme une carcasse de lithium au bord du gouffre. Gazaillé de fonds publics, chanté dans les salons ministériels comme le nec plus ultra de la « transition verte », le projet d’extraction en Eeyou Istchee-James Bay s’éteint en sourdine — et avec lui, le vernis de cette écologie de façade que le gouvernement Legault continue de servir aux citoyens, emballée dans le cellophane du progrès technologique. La vérité ? Ce n’était pas pour la planète. C’était pour le profit.

Cette débâcle illustre tout : l’absence totale d’une stratégie industrielle verte cohérente, pensée avec et pour les communautés. On déchire des territoires pour construire des gros jouets électriques, pendant qu’on laisse les transports publics se déliter et que les logements s’effondrent sous le poids du béton spéculatif. Un extractivisme repeint en vert, voilà le fond de commerce de cette soi-disant transition. Les mines se multiplient comme des plaies ouvertes sur le dos de la Terre, au nom d’un futur propre qui pue les mêmes logiques coloniales.

La filière batterie ? Une aubaine recyclée pour les lobbies miniers, qui se frottent les mains pendant que l’État leur déroule le tapis subventionné. On injecte des centaines de millions sans garde-fous sociaux ni bilans carbone. Aucune redevabilité. Aucune consultation sérieuse avec les Premiers Peuples qui vivent sur ces sols éventrés. Les gouvernements parlent « d’indépendance énergétique » tout en cédant les clés à Ford, General Motors, Tesla — toujours les mêmes qui sabrent l’environnement ailleurs pendant qu’ils ramassent ici nos subsides.

Mais si le « projet Nemaska » s’écroule, peut-être est-ce le début d’un réveil. Une fissure dans le mensonge capitaliste qui prétend que la croissance verte est notre salut. On ne détruira pas le système climatique avec des machines un peu plus propres que les précédentes. On a besoin d’une écologie populaire, ancrée dans le réel : celle qui écoute les jeunes en grève, les femmes en première ligne contre les pollutions, les communautés autochtones en résistance. Une écologie qui part des besoins, pas du marché.

N’empaquetons pas la fin du monde dans du lithium. Dégageons les faussaires verts des tribunes. Demandons des comptes pour chaque dollar public. Et dressons, face à leur extractivisme maquillé, une autre vision : celle d’un territoire habité, protégé, partagé. Celle d’une vie sobre, juste, vibrante. On ne fera pas la paix avec la Terre à coups de bulldozer électriques. Il nous faut des racines, pas des batteries.

PARTAGER CET ARTICLE