Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-54

Steven Guilbeault démission : partir par intégrité écologique

Dans le paysage politique souvent accablé de calculs et de compromis, le départ de Steven Guilbeault du ministère de l’Environnement résonne comme un geste rare : celui d’un homme qui choisit l’intégrité plutôt que l’illusion de la présence. « J’ai agi par principe », a-t-il affirmé, une phrase simple, mais lourde de renoncements, dans une entrevue émotive. Après plus de quatre ans à lutter de l’intérieur contre l’influence toute-puissante des lobbys pétroliers, il a pris la décision que beaucoup redoutent : celle de quitter un poste où les mots ne suffisent plus à protéger les écosystèmes qu’on aime.

Dans les milieux écologistes, la nouvelle a été perçue avec un mélange de tristesse et de respect. Plusieurs acteurs saluent son geste, qui, bien qu’impuissant à freiner les projets pétroliers du gouvernement, rappelle que certaines lignes ne se franchissent pas sans conséquences pour l’âme. « Il a été l’un des rares à parler vrai, même quand ça coinçait », confie Gabrielle Roy, militante de longue date. Le départ de Guilbeault, c’est aussi celui d’un porte-voix communautaire, d’un homme conscient que l’environnement, ce n’est pas une question de chiffres, mais de vies humaines bouleversées par les feux, les sécheresses, les érosions.

Son isolement croissant n’était plus un secret à Ottawa. Entre les sourires polis de ses collègues et le silence assourdissant de certains ministères complices, Steven Guilbeault semblait de plus en plus seul à incarner un véritable engagement climatique. On dira qu’il était trop idéaliste. Mais peut-on vraiment l’être trop dans un monde en surchauffe ? L’ancienne tête de Greenpeace Canada a dû composer avec des contradictions constantes, des projets de pipelines en contradiction avec les discours verts officiels. Il devenait difficile d’expliquer aux citoyens pourquoi la croissance économique primait encore une fois sur les enfants évacués de leur maison à cause des feux ou de la montée des eaux.

Son bilan sera sans doute jugé sévèrement par ceux qui ne voient que les lois passées ou les cibles non atteintes. Mais au sein des communautés rurales, autochtones et urbaines qui l’ont vu tendre l’oreille — vraiment — on se souviendra d’un ministre qui savait que chaque contamination d’eau, chaque forêt rasée, chaque espèce disparue, c’est une perte intime, pas seulement un indicateur de plus dans un rapport. Steven Guilbeault n’était pas parfait, mais il était présent. Et cela, dans le cynisme ambiant, valait déjà beaucoup.

Cette démission pose surtout la question que bien peu osent aborder : que reste-t-il d’un ministère si même les plus engagés n’y trouvent plus leur place ? Le départ de Guilbeault envoie un signal clair, douloureux mais lucide, sur l’état actuel de la politique environnementale fédérale. À force de compromis avec les puissances extractivistes et de silences diplomatiques sur des enjeux urgents, le vide s’est installé là où la volonté aurait dû prospérer. Et dans ce vide, c’est un homme debout qui s’en va, la tête haute — et le cœur épuisé.

PARTAGER CET ARTICLE