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Éolien communautaire: décentralisation réelle ou façade verte?

Hydro-Québec a récemment lancé un nouvel appel d’offres, visant à développer jusqu’à 1 500 MW d’énergie éolienne, spécifiquement par le biais de projets dits « communautaires ». Ce virage, annoncé comme un pas vers la transition énergétique participative, soulève pourtant une question fondamentale : s’agit-il d’une réelle volonté de décentraliser la production énergétique, ou d’une privatisation verte maquillée sous les atours de l’engagement local? En misant sur des partenariats entre promoteurs privés et municipalités ou nations autochtones, l’appel d’offres propose un modèle hybride à fort potentiel, mais aussi à hauts risques.

L’éolien communautaire, dans sa définition la plus forte, implique une gouvernance locale, des retombées économiques ancrées dans le territoire et un droit de regard citoyen sur les orientations du projet. Dans les meilleurs exemples — comme au Danemark ou en Allemagne — les collectivités détiennent une part majoritaire des projets et réinvestissent les bénéfices dans les besoins publics. Or, au Québec, ces modèles peinent à se concrétiser. Les modalités de l’appel d’offres laissent beaucoup de marge aux promoteurs dans la distribution des bénéfices et limitent la portée du rôle des collectivités à une participation financière minoritaire.

Actuellement, plus de 99 % de l’électricité québécoise est produite à partir de sources renouvelables, principalement l’hydroélectricité. Mais cette centralisation historique a aussi concentré le pouvoir décisionnel à Québec et dans les bureaux d’Hydro. Le développement éolien offre une occasion unique de redistribuer ce pouvoir – à condition que les communautés aient les moyens, l’expertise et l’autonomie nécessaires pour jouer un rôle actif, et non simplement symbolique. Plusieurs ONG, comme le Réseau québécois des groupes écologistes, réclament à ce titre un cadre légal renforcé pour protéger la finalité publique des projets communautaires.

À l’international, certains modèles inspirants démontrent qu’une transition peut aussi être démocratique. En Écosse, des îles comme Eigg ont atteint une quasi-autonomie énergétique grâce à une gestion citoyenne de leurs microgrids. En Espagne, des coopératives comme Som Energia militent pour une gouvernance horizontale des parcs solaires et éoliens. Ces succès reposent sur trois piliers : transparence, financement public accessible et institutions de soutien technique hors du marché privé. Le Québec disposerait des moyens nécessaires pour reproduire ces conditions, mais il manque une volonté politique claire pour s’écarter du modèle PPP traditionnel.

Pour aller au-delà du vernis participatif, le gouvernement devrait instaurer une exigence de majorité communautaire réelle dans les structures de gouvernance des projets, offrir un soutien financier spécifique aux petits acteurs publics — municipalités, MRC, communautés autochtones — et renforcer la transparence des processus d’attribution. Sinon, l’éolien communautaire risque de devenir un simple levier de croissance pour des intérêts privés, plutôt qu’un outil de résilience locale. L’avenir énergétique du Québec se jouera non seulement dans les mégawatts, mais dans les mécanismes d’inclusion qui définiront qui en détient le pouvoir.

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