Alors que les COP se succèdent et se ressemblent, un coup de tonnerre bureaucratique retentit à Bruxelles : l’Union européenne reporte sine die sa promesse de bannir les voitures thermiques d’ici 2035. Pressions violentes des lobbys automobiles, réticences nationales et calculs électoraux : le Green Deal s’efface, remplacé par un Green Delay. L’ironie ? Ce virage conservateur survient alors même que 2025 s’annonce comme l’année la plus chaude jamais enregistrée. Une mauvaise blague pour les pays du Sud qui, eux, n’ont ni SUV à turbo-compresseur ni marges d’émissions négociables.
Ce repli européen ne sera pas un geste isolé. Déjà, aux États-Unis, certains gouverneurs conservateurs s’en félicitent, imaginant une brèche opportune pour relancer les moteurs à combustion made in Detroit. Pendant ce temps, la Chine confirme sa domination sur l’électromobilité, inondant le marché mondial de véhicules abordables — pendant que l’UE, elle, se tord les mains sur la « compétitivité de ses industries ». À croire que l’Occident n’a toujours pas compris que la transition écologique, si elle ne se fait pas avec ambition, se fera sans lui.
Le plus cynique dans cette reculade ? Elle se vend sous des habits de pragmatisme. On parle de “réalisme économique”, de “soutien à la classe moyenne”… Mais qui croit encore que maintenir des voitures thermiques plus longtemps va vraiment aider les foyers précaires ? Ce n’est pas le Bangladesh qui le dit, c’est même l’Agence internationale de l’énergie : retarder l’électrification, c’est alourdir la facture climatique pour tout le monde — mais surtout pour ceux qui n’ont jamais chauffé leur hiver à 22°C.
« Nous assistons à une connivence toxique entre le pouvoir politique et les géants de l’industrie », résume Amadou Bamba, directeur régional de Climate Justice Africa. Le terme est fort, mais comment appeler autrement cette volte-face au nom des marges commerciales ? Pendant que l’Europe tergiverse, les villes africaines suffoquent, les archipels du Pacifique s’effacent, et les récoltes andines fondent comme neige au soleil. La promesse de justice climatique paraît de plus en plus creuse — un vœu pieux qui ne survit pas au lobbying de Bruxelles à Berlin.
L’écologie différenciée, à deux vitesses, devient ainsi la norme : les pays riches dictent les délais, les autres encaissent les chocs. Ce recul est tout sauf technique : il est politique, moral, et géopolitique. Face aux milliards d’êtres humains exposés en première ligne de la crise qu’ils n’ont pas provoquée, reculer sur le calendrier de transition, c’est leur dire qu’on a mieux à faire. Et tant pis si la planète en paie le prix. Après tout, les inégalités non plus n’ont jamais respecté les frontières.





