Trente places de stationnement. Trente concessions à l’automobilisme. Trente reculs sur une rue qui portait l’espoir d’un Montréal conçu pour les jambes et les poumons, pas pour les pare-chocs et les klaxons. En janvier, la rue Atateken, emblème d’une ville qui voulait croire au verdissement urbain, redeviendra une autre artère du confort motorisé. C’est un virage — non pas vers la transition — mais droit dans le mur.
Ce n’est pas qu’un changement de zonage, c’est un signal politique : entre le climat et les chars, l’administration penche encore du côté des lobbies coriaces, ceux qui crient au « manque de parking » pendant que la planète crame. Tout ça sous couvert de “réconcilier les usages”. Mais on ne réconcilie pas une urgence climatique avec du stationnement gratuit. On cède. Encore. Et les cyclistes mangent la poussière d’un système fossilisé.
« On nous fait croire qu’on avance, mais on recule masqués », lâche Momo, militant de Vélo Résistance, rencontré près des marquages récemment effacés. Sa colère, c’est celle d’une génération qui pédale pour sa survie pendant que les décideurs rendent les clés de la ville aux SUV. Chaque retournement comme celui-ci sur Atateken devient un cas d’école du sabotage lent et feutré de la mobilité durable.
Rappelez-vous : le retrait d’un tronçon cyclable sur Saint-André pour “faciliter la circulation”, l’amputation de voies protégées à NDG, les projets tirés, tordus, enterrés. Le modèle est partout le même : promettre aux jeunes un avenir respirable, puis l’échanger contre le calme des automobilistes grisonnants. Le cycliste, lui, doit zigzaguer entre les doubles positions et les doubles files.
La rue Atateken, son nom même issu des Premiers Peuples, méritait mieux. Elle méritait d’incarner une ville debout, pas une ville qui plie. Ce qu’on vit là, c’est le retour du bitume sur les belles promesses. Mais chaque effacement alimente notre rage, chaque recul prépare nos barricades. Alors on pédale encore. Poings levés. Jusqu’à ce que le vent tourne vraiment.





