Les rayons se vident, les ventres grondent — pendant que les bilans trimestriels des géants de l’agro-industrie explosent. Dans les quartiers populaires de Montréal, une mère sur deux saute des repas pour nourrir ses enfants. Pendant ce temps, Loblaw, Metro et Costco se partagent 80 % du marché de l’alimentation et dictent les hausses de prix comme s’ils fixaient le climat. Ce n’est pas une crise, c’est un modèle — un modèle qui a choisi les dividendes avant les dignités.
Le climat se dérègle et emporte les récoltes, mais ce n’est pas l’inondation qui fait grimper le prix des patates. Ce sont les traders de matières premières, perchés dans leurs tours à Toronto ou Chicago, qui spéculent sur la faim des plus pauvres. Les sécheresses ravagent les champs, les incendies anéantissent les vergers — et les géants de l’agro poursuivent leur asphalte verte, leurs monocultures de mort abreuvées aux pesticides. Comment appeler ça autrement qu’un pillage organisé ?
Dans les assemblées populaires, les gens s’organisent. Des coopératives de solidarité fleurissent comme des mauvaises herbes dans les fissures du béton néolibéral. « Ce n’est pas qu’on veut changer le système alimentaire, c’est qu’on doit l’enterrer », clame Jade, maraîchère militante à Sherbrooke, poing levé et bottes crottées. L’alimentation est un droit, pas un produit de luxe soumis aux caprices de l’actionnariat.
Mais les ministres jonglent avec leurs promesses molles, décorent le désastre de slogans verts et de crédits d’impôt. Pendant ce temps, les familles s’endettent pour remplir leur frigo. Le cynisme étatique marche main dans la main avec l’appétit des milliards. Ce n’est pas une famine, c’est une stratégie de contrôle social : affamer pour faire taire, rationner pour dominer. Pendant qu’on blâme les tempêtes, la tempête est savamment orchestrée là-haut.
Il est temps de reprendre nos terres, nos graines, nos décisions. Démanteler les oligopoles, bannir la spéculation sur les aliments, rendre les fermes aux fermiers et les marchés aux peuples. Dès maintenant, il faut bâtir un système alimentaire radicalement démocratique, décarboné, antiraciste et local. La révolution commence dans nos assiettes — ou plutôt, dans ce qu’on refuse qu’elles restent vides.





