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Profilage racial SPVM : quand dénoncer coûte trop cher

Dans les couloirs du Service de police de la Ville de Montréal, certains membres vivent une double peine. Des employés noirs racontent à voix basse comment ils ont été témoins de profilage racial, de blagues déplacées, de regards lourds de sens. Mais dénoncer signifie risquer sa carrière, affronter l’isolement, endurer des représailles sournoises qui ne laissent pas de traces dans les dossiers officiels. Ces voix étouffées portent un savoir précieux, celui de l’intérieur d’une institution qui peine encore à reconnaître ses angles morts. Leur silence forcé est lui-même présenté par plusieurs observateurs comme un symptôme du racisme systémique qu’un rapport d’experts indépendants affirme avoir documenté.

Pour les jeunes racisés des quartiers de Montréal-Nord, de Saint-Michel ou de Côte-des-Neiges, les interpellations policières ne sont pas toujours perçues comme des événements isolés. Pour plusieurs, elles constituent des expériences répétées qui façonnent leur rapport à l’espace public, à leur propre corps et à leur dignité. Des parents issus de communautés racisées ont rapporté à de nombreuses reprises que leurs enfants revenaient à la maison marqués par des fouilles ou des contrôles qu’ils jugeaient injustifiés. Certains expliquent également transmettre à leurs enfants des consignes précises sur la manière de réagir lors d’une interaction avec la police. Ces répétitions peuvent créer des cicatrices invisibles, une fatigue profonde face à un système censé protéger mais qui, selon de nombreux témoignages, blesse encore.

Les données citées dans différents rapports sur le profilage racial au Québec et à Montréal vont dans le sens de préoccupations exprimées depuis des décennies par plusieurs communautés : les personnes noires, arabes et autochtones y apparaissent souvent surreprésentées dans certaines catégories d’interventions policières. Mais derrière ces statistiques se cachent des visages, des trajets interrompus, des soirées gâchées, des traumatismes cumulés. Une jeune femme voilée qui évite certaines rues. Un étudiant brillant qui développe une méfiance envers toute autorité. Des communautés entières qui apprennent à naviguer une ville en calculant les risques d’être simplement visibles. Cette fracture entre des citoyens et l’institution policière n’est pas théorique : elle se vit dans les corps tendus, dans les conversations familiales chargées d’anxiété, dans la perte de confiance envers ceux qui portent l’uniforme.

L’appel à une commission d’enquête indépendante n’est pas une demande de vengeance, mais un cri pour être enfin entendus. Les groupes communautaires, les militants antiracistes et les familles touchées réclament un espace où leur parole comptera autant que celle des experts, où leurs expériences seront reconnues et examinées sérieusement. Ils demandent la protection pour ceux qui osent témoigner, ainsi que des mécanismes réels pour briser l’omerta institutionnelle. Pour ses partisans, une telle commission représenterait une reconnaissance officielle des torts dénoncés et de la nécessité d’y répondre. Sans elle, le rapport risque de rejoindre la pile des documents bien intentionnés qui ne changent rien aux patrouilles de demain matin.

La justice ne peut pas se contenter d’observer et de documenter. Elle doit réparer les vies abîmées, transformer les structures qui perpétuent l’injustice, protéger ceux qui dénoncent plutôt que de les punir. Cela signifie des changements concrets dans le recrutement, la formation, les mécanismes de plainte et la reddition de comptes. Cela exige aussi d’écouter vraiment les communautés, de leur donner un pouvoir décisionnel sur les réformes qui les concernent. Tant que des policiers noirs du SPVM diront devoir choisir entre leur intégrité et leur emploi, tant que des jeunes racisés verront les patrouilles comme une menace plutôt qu’une protection, nous resterons dans une ville à deux vitesses. L’heure n’est plus aux rapports qui s’empilent, mais aux gestes qui guérissent et aux institutions qui se transforment pour mériter enfin la confiance de tous leurs citoyens.

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