On nous avait promis la fin de l’impunité. En 2016, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) naissait dans l’espoir de briser le mur du silence autour des interventions policières ayant causé la mort ou des blessures graves. Huit ans plus tard, le constat demeure sévère pour ses détracteurs : le BEI est devenu une machine à produire du brouillard, une structure qui recycle l’opacité en légitimité institutionnelle. Les familles de victimes attendent souvent des réponses pendant de longs mois, voire des années, tandis que les rapports d’enquête se succèdent sans que des accusations criminelles soient fréquemment portées. Pour plusieurs critiques du système, la promesse s’est transformée en désillusion institutionnelle.
L’opacité n’est pas un simple défaut du système : elle en constitue l’une des caractéristiques les plus contestées. Les enquêtes du BEI se déroulent dans un cadre où les familles n’ont généralement pas accès à l’ensemble des témoignages, des éléments de preuve ou des analyses qui orienteront les conclusions de l’enquête. Cette asymétrie de l’information est régulièrement dénoncée par des groupes de défense des droits et des proches de victimes. Pendant ce temps, les interventions policières mortelles continuent de soulever des questions récurrentes sur les protocoles, la formation et le recours à la force. Le brouillard n’empêche pas seulement de voir : il empêche aussi de débattre pleinement des choix institutionnels qui encadrent ces interventions.
Les chiffres alimentent ce débat, même si leur interprétation demeure contestée. Une très grande majorité des dossiers traités par le BEI ne débouchent pas sur des accusations criminelles contre des policiers. Pour les critiques de l’institution, ce résultat soulève des questions sur l’efficacité réelle du mécanisme de reddition de comptes. Les rapports d’enquête se concentrent généralement sur les gestes et décisions des personnes impliquées dans chaque événement, alors que plusieurs observateurs réclament également une réflexion plus large sur les dynamiques de pouvoir, le racisme systémique ou la militarisation de certaines pratiques policières. Pendant ce temps, aux États-Unis, certaines administrations ont effectivement resserré les règles entourant les poursuites à haute vitesse, estimant que la réduction des risques pour le public doit parfois primer sur l’interception immédiate de suspects.
Les critiques du BEI visent également sa composition et sa culture organisationnelle. Bien que l’organisme emploie aussi du personnel n’ayant pas d’expérience policière, plusieurs de ses enquêteurs proviennent ou ont déjà été issus de corps policiers. Pour ses détracteurs, cette réalité risque de reproduire certains réflexes corporatistes que le bureau était censé remettre en question. L’enquête devient alors, selon eux, un rituel de validation plutôt qu’un véritable outil de justice : on cherche à justifier l’action policière plus qu’à l’examiner de manière critique. Dans cette lecture, chaque intervention mortelle est présentée comme un incident isolé plutôt que comme la conséquence possible de pratiques ou de politiques plus larges. Les victimes, elles, restent trop souvent reléguées à l’arrière-plan d’un récit centré sur la préservation de l’autorité institutionnelle.
Il est temps de déchirer le voile. Une réforme profonde du BEI exige, selon plusieurs groupes citoyens et organisations de défense des droits, trois piliers : une transparence accrue des enquêtes avec une diffusion plus complète de l’information lorsque la loi le permet, une participation citoyenne réelle incluant des membres des communautés concernées dans les mécanismes de surveillance et de gouvernance, et une indépendance renforcée grâce à une diversification des profils recrutés au sein de l’organisation. Sans changements significatifs, le BEI continuera d’être perçu par ses critiques comme un outil de relations publiques au service d’une institution qui peine à reconnaître certaines formes de violence exercées en son nom. Les familles méritent mieux que des condoléances bureaucratiques. Elles méritent la vérité, la responsabilité et un système qui place la protection de la vie humaine au centre de ses priorités.





