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Chanteuses iraniennes fouettées : Téhéran, répression et silence

Soixante-quatorze coups de fouet pour avoir participé à un concert diffusé sans respect des règles vestimentaires imposées par les autorités. C’est la sentence qui a été prononcée contre plusieurs artistes iraniens liés à une performance diffusée sur YouTube, parmi lesquels la chanteuse Parastoo Ahmadi. Dans cette République islamique où le port du hijab est imposé aux femmes dans l’espace public, défier ces règles revient à contester l’un des piliers symboliques du pouvoir théocratique. La punition corporelle, dénoncée par de nombreuses organisations de défense des droits humains et contraire aux standards internationaux en matière de droits fondamentaux, demeure l’un des outils de l’arsenal répressif d’un régime qui fait de la surveillance du corps féminin une priorité politique.

Cette condamnation s’inscrit dans une logique de répression visant les créateurs, les femmes et tous ceux qui revendiquent un espace de liberté. Depuis la mort de Mahsa Amini en 2022, après son arrestation par la police des mœurs pour un prétendu non-respect du code vestimentaire, les rues iraniennes ont résonné de la colère d’une génération qui refuse l’enfermement identitaire imposé par le pouvoir. Les artistes paient souvent un prix élevé : censure, emprisonnement, pressions judiciaires, exil forcé. Chaque voix qui s’élève devient une menace pour un système dont la légitimité repose en partie sur la limitation des libertés individuelles, particulièrement celles des femmes.

Le paradoxe est vertigineux : tandis que des artistes comme Parastoo Ahmadi font face à des poursuites, à des condamnations et à de fortes pressions judiciaires, les chancelleries occidentales multiplient les pourparlers diplomatiques avec ce même régime autour du nucléaire, du commerce régional ou des couloirs énergétiques. Cette contradiction politique révèle une réalité gênante : la répression des droits humains devient souvent une variable secondaire lorsque des intérêts stratégiques sont en jeu. Le sort d’une chanteuse condamnée pèse bien peu face aux calculs géopolitiques sur la stabilité du Golfe ou le prix du baril.

Pourtant, l’interconnexion du monde contemporain devrait nous rappeler qu’aucune injustice n’est lointaine. Les mouvements féministes internationaux, de Santiago à Séoul, ont scandé « Woman, Life, Freedom » en solidarité avec les Iraniennes. Mais au-delà des hashtags, la cohérence exige que nos gouvernements cessent de traiter les droits fondamentaux comme une monnaie d’échange. Chaque signature au bas d’un accord commercial avec Téhéran sans conditionnalité ferme sur les libertés individuelles peut être perçue comme une forme de normalisation d’un système régulièrement accusé de violations des droits humains.

L’affaire dépasse largement l’Iran : elle interroge notre capacité collective à défendre l’universalité des droits face aux pragmatismes nationaux. La géographie de la répression ne connaît pas de frontières hermétiques — les techniques de surveillance, les justifications religieuses de la violence d’État et les formes de répression genrée circulent, s’exportent et se renforcent mutuellement. Exiger justice pour une chanteuse condamnée à Téhéran, c’est aussi refuser la normalisation globale de l’autoritarisme patriarcal. C’est reconnaître que l’inégalité structurelle voyage aussi vite que le capital et qu’elle exige une solidarité tout aussi transfrontalière, concrète et sans compromission.

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