Maya-Lefebvre_2026-06-21_chanter_ensemble

Chorale pulmonaire à Laval : chanter ensemble pour vivre

Dans une salle communautaire de Laval, chaque semaine, une chorale pas comme les autres élève ses voix. Ses membres ne sont pas réunis par un répertoire classique ou une passion commune pour la musique, mais par quelque chose de plus profond : le simple fait de respirer leur demande un effort. Atteints de maladies pulmonaires chroniques, d’asthme sévère ou de fibrose, ces femmes et ces hommes ont trouvé dans le chant choral un espace où leur souffle court devient force collective, où leur isolement se transforme en communion. Cette chorale pulmonaire n’est pas qu’un loisir thérapeutique, c’est un acte de résistance contre la solitude que la maladie impose.

« Avant, je restais chez moi, j’avais peur de sortir, de manquer d’air en public », confie Denise, 62 ans, dont la voix se brise encore parfois entre deux notes. Pour elle comme pour plusieurs choristes, la maladie respiratoire avait progressivement rétréci leur univers. Les escaliers devenaient des montagnes, les sorties des sources d’anxiété. Rejoindre cette chorale, c’était reprendre possession de son corps, réapprendre à faire confiance à ses poumons. « Ici, personne ne me juge si je dois m’arrêter. On respire ensemble, on se soutient. » Ces témoignages révèlent ce que les statistiques de santé publique peinent à capturer : l’impact de l’isolement sur les personnes vivant avec une maladie chronique.

L’initiative, portée par un organisme communautaire local avec l’appui de professionnels de la santé respiratoire, propose bien plus qu’un cours de chant. Chaque séance commence par des exercices de respiration guidés, adaptés aux capacités de chacun. Le répertoire est choisi avec soin, privilégiant des mélodies qui permettent des pauses, des respirations partagées. « On n’est pas là pour performer, on est là pour exister ensemble », explique l’animatrice. Cette approche démédicalisée de la santé, centrée sur le bien-être et la dignité plutôt que sur la pathologie, illustre ce que pourrait être un système de soins davantage ancré dans la communauté, où les liens sociaux contribuent au mieux-être des personnes.

Des études ont associé le chant et certaines activités chorales à des effets positifs sur le bien-être psychologique, la gestion du stress et, dans certains cas, sur certains paramètres respiratoires chez des personnes vivant avec des maladies pulmonaires chroniques. Mais ce que racontent les participants va bien au-delà des indicateurs cliniques. C’est la fierté retrouvée, le sentiment d’appartenance, la joie simple de créer quelque chose de beau malgré la maladie. « Quand on chante tous ensemble, j’oublie que mes poumons sont malades », dit Robert, ancien fumeur devenu porte-parole involontaire du groupe. Ces moments de grâce collective posent une question essentielle : pourquoi de telles initiatives restent-elles marginales, dépendantes du bénévolat et de financements précaires, alors qu’elles répondent à un besoin criant ?

Cette chorale nous rappelle que la santé n’est pas qu’une affaire de médicaments et d’hôpitaux. C’est aussi une question de liens, de reconnaissance, de lieux où l’on peut exister pleinement malgré la fragilité. Dans un contexte où les services de santé publique sont constamment mis sous pression, où l’accès aux soins spécialisés se complique, ces espaces communautaires deviennent vitaux. Ils portent en eux une vision de la solidarité que nos politiques publiques devraient davantage soutenir et généraliser. Car chaque voix qui s’élève dans cette chorale est un rappel : même avec un souffle fragile, on a le droit de chanter, de vivre, d’espérer ensemble.

PARTAGER CET ARTICLE