Le cas d’Alexandre Charles, condamné cette semaine à 27 mois de prison pour une série d’agressions contre plusieurs conjointes, illustre avec une clarté troublante les failles structurelles de notre système de prévention de la violence conjugale. Cet homme de 35 ans cumule un passé judiciaire chargé en matière de violence domestique, et pourtant, il a pu récidiver à plusieurs reprises avant que la justice ne prononce une peine significative. Au-delà de la responsabilité individuelle indéniable de l’agresseur, ce dossier soulève des questions essentielles sur les points de rupture du système : signalements insuffisamment traités, suivi judiciaire lacunaire, coordination défaillante entre les services sociaux et policiers, et protection tardive des victimes.
Les données sont sans équivoque : selon l’Institut de la statistique du Québec, près de 30% des hommes condamnés pour violence conjugale récidivent dans les cinq années suivant leur sentence. Ce taux grimpe lorsque les programmes de suivi sont incomplets ou absents. Dans le cas d’Alexandre Charles, plusieurs signalements avaient été faits au fil des ans, mais le manque de ressources pour assurer un suivi serré et proactif a permis à la violence de se répéter. Les organismes d’aide aux victimes, chroniquement sous-financés, peinent à offrir un accompagnement continu, et les services correctionnels manquent de moyens pour surveiller efficacement les contrevenants à haut risque.
Il faut distinguer clairement ce qui relève de la responsabilité personnelle de l’agresseur et ce qui découle des défaillances institutionnelles. Alexandre Charles a choisi de commettre des actes violents, et il doit en porter l’entière responsabilité. Toutefois, le système a échoué à intervenir suffisamment tôt et à protéger les victimes potentielles. Les brèches dans la communication entre les acteurs judiciaires, sociaux et policiers créent des angles morts où les récidivistes peuvent passer inaperçus. Un registre centralisé des antécédents en violence conjugale, accessible en temps réel, pourrait contribuer à combler ces lacunes.
Le coût de l’inaction est vertigineux, tant sur le plan humain que financier. Chaque récidive laisse des victimes traumatisées, parfois avec des séquelles physiques et psychologiques permanentes. Sur le plan économique, une étude de la Chaire de recherche sur la violence conjugale de l’Université Laval a estimé que chaque cas de violence conjugale coûte en moyenne plus de 100 000 $ en services de santé, juridiques et sociaux. Investir dans la prévention et le suivi intensif des agresseurs connus représenterait non seulement un gain en sécurité publique, mais également une économie substantielle pour l’État à moyen et long terme.
Les mesures prioritaires pour réduire la récidive et protéger plus efficacement les victimes sont connues : augmenter les ressources des maisons d’hébergement, instaurer des programmes obligatoires de suivi pour les agresseurs condamnés, améliorer la coordination entre les services publics, et créer des mécanismes de surveillance accrue pour les multirécidivistes. Il est également essentiel de renforcer la formation des intervenants de première ligne pour détecter plus rapidement les signaux d’alerte. Le cas d’Alexandre Charles n’est pas une fatalité isolée, mais un symptôme d’un système qui doit être repensé en profondeur. L’empathie envers les victimes doit se traduire par des décisions politiques courageuses, fondées sur les faits et orientées vers la prévention.





