L’inflation a grimpé à 3 % en juillet, et derrière ce chiffre froid se cache une réalité brûlante : l’essence continue d’asphyxier les budgets des ménages ordinaires. Alors que les analystes économiques s’attardent sur les paniers d’épicerie, ils oublient trop souvent ce poids invisible qui écrase surtout celles et ceux qui vivent loin des centres urbains. Chaque plein devient un calcul, chaque trajet une angoisse budgétaire. La vie chère ne se résume pas aux tomates et au pain : elle se mesure aussi en litres d’essence avalés par nécessité, pas par choix.
Cette flambée des prix du carburant révèle notre dépendance structurelle aux hydrocarbures, cette drogue collective dont on refuse encore de se sevrer sérieusement. Pendant que les pétrolières engrangent des profits obscènes, trimestre après trimestre, les travailleuses et travailleurs qui doivent parcourir 50, 80, 100 kilomètres par jour pour joindre les deux bouts paient la facture. L’inaction politique sur la transition énergétique n’est pas qu’une question environnementale : c’est une violence économique directe contre les classes populaires et moyennes.
L’injustice territoriale saute aux yeux dès qu’on sort des quartiers bien desservis par le transport collectif. Dans les régions, en périphérie, dans les banlieues mal planifiées, la voiture n’est pas un luxe mais une obligation. Pas de bus à l’heure pour le quart de soir, pas de métro pour rejoindre la garderie avant la fermeture, pas de train pour aller travailler à la ville voisine. Ces personnes paient deux fois : d’abord le prix gonflé du carburant, ensuite le coût social d’un modèle d’aménagement qui les a abandonnées à leur dépendance automobile.
Une transition écologique juste ne peut pas se construire sur le dos de celles et ceux qui n’ont pas d’alternative. Taxer le carbone sans offrir de transport abordable, c’est punir les victimes d’un système qu’elles n’ont pas choisi. Électrifier le parc automobile sans rendre les véhicules accessibles financièrement, c’est réserver la transition aux mieux nantis. Il faut investir massivement dans le transport collectif gratuit ou quasi gratuit, densifier intelligemment nos territoires, rapprocher emplois et logements, soutenir concrètement l’achat de véhicules propres pour les ménages modestes. Sinon, on perpétue l’écologie punitive qui divise au lieu de mobiliser.
Ce modèle économique qui socialise les coûts — pollution, santé publique, infrastructures — tout en privatisant les profits des géants pétroliers doit être dénoncé pour ce qu’il est : un vol organisé. Pendant que l’inflation grignote le pouvoir d’achat, les PDG empochent leurs bonus et les actionnaires leurs dividendes. La facture du carburant n’est pas qu’une question de marché : c’est le symptôme d’un système extractiviste qui extrait aussi nos ressources personnelles, notre temps, notre dignité. Briser cette logique exige du courage politique, de l’imagination collective et une solidarité territoriale refondée. Tant qu’on laissera l’essence dicter nos vies, on restera prisonniers d’un modèle qui nous épuise autant qu’il épuise la planète.





