Camille-Dufresne-2026-08-17-ecole-seffondre

École publique qui s’effondre : le choix politique d’austérité

À dix jours de la rentrée, l’école primaire de Saint-Malo à Québec ferme ses portes d’urgence. Pas de cérémonie, pas de débat démocratique: juste des fissures dans les murs, des risques structurels jugés trop graves, et 400 élèves qu’on déménage à la hâte vers des locaux temporaires. Pendant ce temps, dans les cégeps, les cohortes explosent sans qu’un seul prof supplémentaire soit embauché. Ce n’est pas une crise, c’est une stratégie: laisser pourrir le bâti public jusqu’à ce qu’il craque, puis improviser dans l’urgence en espérant que personne ne se souvienne qu’on a choisi de ne rien faire.

Les chiffres ne mentent pas. Les inscriptions dans les cégeps montent en flèche, mais les budgets stagnent. Résultat: des classes surchargées, des enseignant·es qui jonglent avec 40 étudiant·es là où il devrait y en avoir 25, des services d’aide psychologique débordés avant même la mi-session. Le personnel de soutien court partout, les corridors débordent, et les locaux manquent. Ce n’est pas un manque de planification, c’est l’aboutissement logique d’années d’austérité qu’on refuse de nommer. On a saigné l’éducation publique au nom de l’équilibre budgétaire, et maintenant on fait semblant d’être surpris que ça explose.

Le bricolage devient la norme. À Saint-Malo, on parle de « réaffectation temporaire », comme si on déplaçait des meubles et non des vies d’enfants. Les parents reçoivent des courriels lapidaires, les enseignant·es apprennent leur nouvelle école trois jours avant la rentrée, et les élèves arrivent dans des classes sans livres, sans repères, sans stabilité. Dans les cégeps, on empile des chaises, on subdivise des locaux, on invente des horaires impossibles. L’urgence permanente, c’est ça la gestion néolibérale de l’éducation: on répare à la dernière minute ce qu’on aurait dû entretenir depuis vingt ans, et on appelle ça de l’«agilité».

Qui paie le prix? Toujours les mêmes. Les élèves de quartiers défavorisés, ceux dont les parents n’ont ni le temps ni les moyens de contester, de déménager, de payer le privé. Les jeunes avec des troubles d’apprentissage qui perdent leurs repères à chaque changement de local. Les étudiant·es de cégep qui travaillent 25 heures semaine et qui n’ont plus accès aux services d’aide parce que les files d’attente sont rendues à six semaines. L’effondrement des infrastructures scolaires, c’est une violence de classe. Quand on laisse pourrir les écoles publiques, on dit clairement à certains enfants qu’ils ne méritent pas mieux, qu’ils peuvent bien se débrouiller dans des bâtisses dangereuses pendant que d’autres grandissent dans des collèges privés flambant neufs.

L’abandon des infrastructures scolaires n’est pas une fatalité, c’est un choix budgétaire assumé par des gouvernements successifs qui préfèrent investir dans des autoroutes et des baisses d’impôts plutôt que dans l’avenir des jeunes. Chaque fissure ignorée, chaque embauche reportée, chaque classe surchargée, c’est une décision politique. On pourrait financer massivement l’entretien du bâti scolaire, embaucher du personnel, réduire les ratios. Mais ça exigerait de remettre en question les priorités d’un système qui préfère enrichir les actionnaires que d’éduquer dignement ses enfants. La rentrée sous tension n’est que le symptôme d’un projet de société qui a abandonné l’idée même d’égalité des chances.

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