Camille-Dufresne-2026-10-05-derniere-ligne-droite-le-vide

Campagne électorale : le vide au cœur du show politique

À moins de 24 heures du scrutin, les chefs ont déployé leur machine électorale avec cette précision chirurgicale propre aux fins de campagne. Discours rodés, poignées de main calculées, selfies en série : tout était chorégraphié pour saturer l’espace médiatique et arracher les derniers indécis. Pourtant, en revisitant cette 39e journée de campagne, une évidence s’impose avec brutalité : les enjeux qui fracturent vraiment le quotidien des gens — la crise du logement qui jette des familles à la rue, l’effondrement du réseau de santé, l’urgence climatique qui brûle nos forêts — sont restés dans l’angle mort. On a eu droit au théâtre de la performance politique, pas au débat de société qu’on méritait.

La discipline de message était au rendez-vous, évidemment. Chaque formation politique a martelé ses slogans comme des mantras destinés à hypnotiser l’électorat plutôt qu’à l’éclairer. Pas de dérapage, pas de surprise, juste une communication blindée conçue pour éviter toute prise de risque. Cette aseptisation du discours politique n’est pas un hasard : elle traduit une stratégie délibérée d’évitement des vrais conflits de classe, des choix budgétaires qui redistribuent la richesse, des plans concrets pour sortir du capitalisme fossile. Pendant que les spin doctors peaufinaient leurs clips TikTok, des milliers de Québécois·es se demandaient encore comment payer leur épicerie cette semaine.

Ce qui frappe le plus dans cette dernière journée, c’est l’écart abyssal entre l’énergie déployée pour gagner l’attention médiatique et l’absence totale de vision transformatrice. On a multiplié les arrêts dans les circonscriptions clés, les bains de foule soigneusement mis en scène, les promesses vagues enrobées de patriotisme mou. Mais où étaient les engagements chiffrés pour construire 100 000 logements sociaux? Où était le plan de transition juste pour les travailleurs et travailleuses des secteurs polluants? Où était la proposition radicale de gratuité des soins dentaires et psychologiques? Nulle part. Parce que toucher à ces questions, c’est admettre qu’il faut redistribuer le pouvoir et la richesse, et ça, aucun parti mainstream n’ose vraiment le proposer.

Les militants de terrain, eux, le savent bien : cette campagne a ressemblé à un marathon d’épuisement démocratique. On leur a demandé de frapper aux portes, de convaincre, de mobiliser, alors que le contenu programmatique restait désespérément flou ou carrément régressif. Des organisateurs communautaires m’ont confié leur sentiment d’absurdité : comment rallier les gens quand les partis refusent de nommer l’ennemi — le néolibéralisme, l’extractivisme, la spéculation immobilière? Cette fatigue n’est pas seulement physique, elle est politique. Elle traduit le fossé grandissant entre les aspirations populaires pour la justice sociale et écologique, et l’offre électorale appauvrie qu’on nous sert en boucle.

Alors que les chefs s’apprêtent à passer la nuit blanche des résultats, il faut le dire crûment : cette campagne aura été un symptôme supplémentaire de la dérive de notre démocratie représentative. Quand la forme — le packaging, le storytelling, la course aux clips viraux — écrase systématiquement le fond, on ne fait plus de la politique, on fait du marketing. Et pendant ce temps, la crise du logement s’aggrave, les listes d’attente en santé s’allongent, les émissions de GES stagnent. Demain, des gens vont voter, certains par conviction, beaucoup par résignation. Mais ne nous y trompons pas : le vrai travail de transformation, lui, se fera dans la rue, pas dans les bulletins de vote.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.