CamilleDufresne_2026-10-13_donneznousdupouvoirreel

Pouvoir réel pour la jeunesse : la démocratie doit changer

Plus de deux ados sur cinq ne se sentent pas écoutés par leurs élus. Ce n’est pas un caprice générationnel, c’est un diagnostic d’alarme sur l’état de notre démocratie. Quand près de la moitié des jeunes affirment que leur voix ne compte pas dans les décisions qui façonnent leur avenir, on ne parle plus d’éducation civique ratée : on parle d’un système qui exclut sciemment celles et ceux qui hériteront du chaos qu’on leur prépare. Le sondage le confirme, la rupture est profonde, structurelle, et elle crie l’urgence d’un virage radical.

Nos institutions adorent invoquer « les générations futures » pour justifier n’importe quelle mesure cosmétique. Mais dès qu’il s’agit de donner un vrai siège à table, un droit de veto sur les projets extractivistes ou une voix contraignante dans les budgets municipaux, la porte se referme. Les jeunes le savent : ils sont consultés pour la forme, applaudis en photo-op, puis écartés quand vient le temps de trancher. Cette hypocrisie alimente une colère légitime, celle qui pousse des milliers d’ados dans les rues pour le climat, pour le logement, pour un futur qui ne soit pas une dystopie néolibérale.

Ce sentiment d’exclusion n’existe pas en vase clos. Il se nourrit de la précarité concrète : loyers impossibles, jobs précaires, anxiété climatique qui ronge le sommeil. Les jeunes vivent déjà les conséquences d’un système qui les ignore, et ils le savent mieux que quiconque. Quand une adolescente de 16 ans doit choisir entre finir son secondaire ou aider à payer le loyer familial, elle comprend viscéralement que la « participation citoyenne » qu’on lui vend à l’école est un mensonge tant qu’elle n’a aucun pouvoir réel sur les politiques de logement, de salaire minimum ou de transition écologique.

Des intervenants communautaires et certains élus progressistes l’admettent : les consultations jeunesse actuelles sont souvent des vitrines. On écoute, on prend des notes, on remercie, puis on décide ailleurs, entre adultes. Quelques municipalités expérimentent des conseils jeunesse avec budget décisionnel, des assemblées citoyennes où les 16-25 ans votent à égalité avec les autres. Ces initiatives montrent qu’il est possible de partager le pouvoir, pas juste le micro. Mais elles restent marginales, fragiles, menacées à chaque changement d’administration. Il faut généraliser ce qui fonctionne et arrêter de traiter la démocratie jeunesse comme un projet-pilote facultatif.

La vraie question n’est pas « comment mieux écouter les jeunes », c’est « quand allons-nous leur donner du pouvoir ». Pouvoir budgétaire, pouvoir de blocage, pouvoir d’initiative. Pas des ateliers feel-good, pas des sondages qu’on range dans un tiroir. Un transfert concret d’autorité sur les décisions qui les concernent directement : éducation, environnement, urbanisme, emploi. Tant qu’on refusera ce partage, la fracture grandira. Et un jour, ce ne sera plus un sondage qui parlera : ce sera une génération entière qui refusera de jouer dans un système truqué. Ce jour-là, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas.

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