Samedi dernier, des centaines de jeunes se sont rassemblés à Montréal pour crier leur solidarité avec les ados français qui occupent les rues contre l’austérité. Mais leur colère ne s’arrête pas à la Seine : elle résonne ici, dans nos quartiers vidés de ressources, dans nos maisons de jeunes asphyxiées par les compressions budgétaires, dans nos vies suspendues entre précarité et promesses vides. Ces manifestant·e·s ne réclament pas la lune. Iels exigent ce qu’on leur a volé : un avenir où respirer ne coûte pas trop cher, où exister ne demande pas de se battre chaque jour contre un système qui les traite comme une variable d’ajustement.
La vie chère, l’austérité, l’absence de perspectives : pour cette génération, ce ne sont pas des concepts abstraits débattus en commission parlementaire. C’est le loyer impayable, le frigo vide, le stage non rémunéré, la dépression qui frappe à 16 ans parce qu’on comprend déjà qu’on ne pourra jamais s’acheter une maison, fonder une famille, ou même imaginer un futur sans catastrophe climatique. Les jeunes voient clair : pendant que les milliardaires accumulent, qu’on subventionne les pétrolières et qu’on privatise la santé, on leur demande de se serrer la ceinture, de patienter, de faire preuve de résilience. Mais la résilience, c’est le langage de ceux qui refusent de changer le système.
Les maisons de jeunes incarnent ce qui reste encore debout face au rouleau compresseur néolibéral. Ces lieux d’accueil, de répit, de création collective offrent bien plus qu’un toit : iels tissent du lien, donnent un sens, permettent aux jeunes de se réapproprier leur pouvoir d’agir. Pourtant, leur financement à la mission demeure précaire, menacé par chaque cycle électoral, chaque plan de rigueur budgétaire. Couper dans ces espaces, c’est couper dans la santé mentale, dans la prévention, dans le tissu social qui empêche l’isolement de devenir norme. C’est choisir délibérément de laisser une génération sombrer plutôt que d’investir dans ce qui fonctionne.
« On nous dit qu’on est l’avenir, mais on nous traite comme si on n’existait pas », lance Marika, 19 ans, intervenante bénévole dans une maison de jeunes du Centre-Sud. Son constat fait écho à celui de dizaines d’autres jeunes rencontré·e·s lors du rassemblement. La santé mentale des ados s’effondre, les listes d’attente en pédopsychiatrie explosent, mais les solutions communautaires qui marchent — celles qui coûtent une fraction du prix d’une hospitalisation — restent sous-financées. Le désengagement politique des institutions n’est pas un mystère : quand les portes du pouvoir restent fermées, quand aucun parti n’ose remettre en question la logique du profit, les jeunes cessent de frapper poliment. Iels occupent, iels perturbent, iels refusent.
Ce mouvement de solidarité transatlantique n’est pas un feu de paille. C’est le symptôme d’une rupture générationnelle avec le pacte social brisé qu’on leur impose. Les jeunes paient déjà la facture : celle de la crise climatique, de la dette publique, de l’effondrement des services publics, de la précarisation du travail. Et maintenant, on leur demande d’attendre encore, de faire confiance, de voter pour des partis qui reconduisent les mêmes politiques. Mais la patience a ses limites. Quand on coupe dans la jeunesse, on ne coupe pas dans un budget : on coupe dans l’avenir. Et cet avenir-là ne se laissera plus amputer sans combattre.





