Deux cents éoliennes dans l’Est du Québec. Ils appellent ça un virage vert. Nous, on y voit une énième mainmise du capital sur des territoires qui ne lui appartiennent pas. Derrière les jolies promesses d’énergie propre, une vieille histoire se répète : celle des profits qui montent, et des communautés qui restent à genoux. Une véritable transition énergétique n’a rien à voir avec des consortiums pilotés depuis les hautes tours de Montréal ou d’ailleurs, signant des pactes soi-disant verts sur des terres jamais consultées. L’éolien, c’est le vent qui tourne. Mais à qui souffle-t-il vraiment?
Le modèle proposé par EDF et Hydro-Québec sent la centralisation et l’extractivisme vert. Cette alliance public-privé n’est qu’un vernis écolo sur des logiques profondément coloniales : accaparement du sol, dépossession des savoirs, invisibilisation des Premières Nations. On les écoute une fois le deal signé, jamais avant. Trop souvent, les communautés locales apprennent l’arrivée des pylônes par un communiqué de presse, pas par une assemblée. Et pendant que les profits s’exportent, que les lignes haute tension s’érigent, ce sont nos paysages, nos habitats, nos liens à la terre, qui se délitent.
Une éolienne peut incarner la beauté du vent, de l’alternative. Mais elle peut aussi devenir une croix blanche plantée sur le tombeau d’une autonomie rêvée. Sans gouvernance citoyenne, sans contrôle démocratique réel, ces projets deviennent des monstres travestis. Où sont les coopératives locales? Où sont les voix des jeunes, des agriculteur·ices, des peuples autochtones? Le vent appartient à tout le monde, pas aux actionnaires. C’est le moment de transformer le modèle, pas juste la source d’énergie.
Nous avons besoin d’une écologie insoumise, populaire, décoloniale. Un modèle qui ne s’arroge pas seulement la production, mais redonne les rênes du comment et du pourquoi. Pas d’éoliennes plantées sans enracinement du pouvoir. Assez de transitions imposées au nom du climat mais sans justice. Assez de trajectoires dessinées par quelques élites technocratiques alors que nos territoires débordent d’intelligences collectives en sommeil. Réapproprions le vent comme on reconquiert une langue : avec rage, avec mémoire, avec désir.
Le vent, c’est aussi ce souffle qui monte de la base, des assemblées de cuisine, des campements de résistance. Il est temps de lever nos propres drapeaux verts, pas ceux vendus par des cabinets de relations publiques. Face au greenwashing industriel, opposons la poésie d’une énergie commune et juste. Remplissons nos plaines d’une colère fertile et semons autre chose : une transition qui n’oublie personne, une écologie qui sait d’où elle vient et pour qui elle souffle. République du vent libre. On signe où?





