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Crise du logement au Québec : le référendum de la génération Z

Deux tiers de la génération Z affirment que le logement pèse lourd dans leur décision de vote. Pas un caprice de jeunes exigeants : un cri de survie. Selon une enquête récente de La Presse, le logement est devenu l’enjeu social qui scelle ou brise l’adhésion politique chez les moins de 30 ans. Ce chiffre n’est pas une statistique froide, c’est un baromètre de la violence économique qui fracasse une génération entière. Pendant que les partis se gargarisent de programmes économiques abstraits, les jeunes calculent combien de repas ils devront sacrifier pour payer un 3½ insalubre à 1200$ par mois. Le logement n’est plus un enjeu électoral parmi d’autres : c’est le terrain où se joue la légitimité même du système.

La marchandisation du logement a transformé un droit fondamental en produit spéculatif. Les loyers explosent pendant que les salaires stagnent, les évictions se multiplient, les acheteurs institutionnels avalent des immeubles entiers pour les revendre en condos hors de prix. Cette dynamique n’a rien de naturel : elle découle de choix politiques délibérés qui ont livré le logement aux appétits du marché. Les gouvernements successifs ont regardé ailleurs pendant que les fonds d’investissement, les propriétaires-rentiers et les spéculateurs transformaient les quartiers populaires en zones d’extraction de profit. Pour la génération Z, le message est clair : vous n’êtes pas des citoyens à protéger, vous êtes des consommateurs à pressurer.

Derrière la crise du logement se cache une crise de santé mentale, d’endettement et d’exode forcé. Des études montrent que l’insécurité résidentielle provoque anxiété chronique, dépression et épuisement. Les jeunes s’endettent pour survivre, accumulent des cartes de crédit pour payer le loyer, renoncent à fonder une famille, à poursuivre des études, à vivre dignement. Plusieurs quittent Montréal, Québec ou Gatineau pour des régions où le coût de la vie est moins violent, perdant au passage leur réseau, leurs opportunités, leur communauté. Ce n’est pas une migration volontaire, c’est un déplacement forcé par la précarité. La crise du logement n’est pas un problème sectoriel, c’est le symptôme d’un système économique qui place le profit avant la vie.

Pourtant, des solutions existent et elles ne relèvent pas de la science-fiction : plafonnement des loyers, construction massive de logements sociaux, encadrement strict des évictions, taxation dissuasive de la spéculation immobilière, soutien aux coopératives d’habitation. Ces mesures, défendues par les mouvements de locataires et les organisations communautaires, sont documentées, efficaces et justes. Mais elles exigent une chose que les partis traditionnels refusent : rompre avec le dogme néolibéral qui sacralise la propriété privée et la liberté du marché. Une véritable politique social-démocrate du logement impliquerait de reconnaître que se loger n’est pas un privilège à mériter, mais un droit à garantir collectivement. Cela supposerait d’affronter les lobbys immobiliers, de redistribuer la richesse, de choisir les gens plutôt que les profits.

Les deux tiers de la génération Z qui votent en fonction du logement ne votent pas seulement pour un toit abordable : ils votent pour un monde où vivre ne coûte pas une fortune, où la dignité n’est pas réservée aux bien nantis, où l’avenir n’est pas un privilège de classe. Ce référendum silencieux sur le logement est aussi un référendum sur le type de société que nous voulons bâtir. Si les partis politiques continuent d’esquiver cette question avec des demi-mesures cosmétiques, ils ne perdront pas seulement des votes : ils perdront toute crédibilité auprès d’une génération qui n’a plus rien à perdre. Le logement, aujourd’hui, c’est le front où se décide si nous voulons encore d’une démocratie qui protège ou d’une oligarchie qui exploite.

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