500 nouveaux logements dans le Vieux-Longueuil : l’annonce claque comme une victoire du développement urbain. Mais derrière les maquettes léchées et le langage doux des communications municipales, une question brûle les entrailles du quartier : pour qui construit-on? Parce que dans les faits, zéro garantie de logement abordable, et encore moins de logement social. Le béton monte, les loyers flambent, et la communauté qui fait battre ce quartier risque de devoir plier bagage.
« Ils veulent juste qu’on dégage de notre propre rue », crache Éliane, 62 ans, résidente depuis 34 ans de la rue Saint-Charles. Pendant qu’on lui parle, un tracteur pilonne l’horizon. Elle pointe du doigt une affiche fraîchement posée : « Milieu de vie en revitalisation ». Elle la lit à voix haute, puis secoue la tête. « Ils appellent ça revitaliser? Moi j’appelle ça éteindre ce qu’il reste de vivant. » C’est le drame silencieux d’une ville qui prétend vouloir accueillir, mais qui commence par expulser.
Les urbanistes critiques dénoncent la stratégie actuelle : « C’est une densification sans boussole sociale », accuse Malik Boudreau, du collectif Urbains d’abord. Selon lui, l’intention de densifier n’est pas mauvaise — c’est même crucial dans un monde en crise climatique. Mais sans dispositifs de contrôle des loyers, sans réserves foncières publiques, sans quota réel de logements à loyer modique, c’est un boulevard ouvert à la gentrification. On repeint un quartier populaire aux couleurs de l’investissement, tout en effaçant sa mémoire vivante.
Il serait pourtant possible de faire autrement. Privilégier la coopérative, les fiducies foncières, l’habitat intergénérationnel pensé avec — et non contre — les résidents actuels. Réserver une part obligatoire des nouveaux blocs pour du logement réellement accessible à celles et ceux qui en ont besoin. C’est une vision de la densité comme lieu de rencontre, pas d’expulsion. Mais encore faut-il que les élu·es aient le courage de prioriser le droit au logement plutôt que les promesses d’un marché glouton.
Longueuil a une chance d’écrire une autre histoire urbaine. Mais chaque pelleteuse qui creuse sans plan social devient complice d’un effacement. Aux citoyen·nes d’opposer pancartes, assemblées et résistance aux récits tranquilles d’un progrès qui ne leur appartient pas. La densité peut être une forêt vivante ou un désert de luxe. Le choix est politique. Et il est urgent.





