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Équilibre budgétaire au Québec: 5 milliards à trouver sans sacrifier la société

Le rapport préélectoral de la vérificatrice générale du Québec vient de tomber comme un couperet: un manque à gagner de près de 5 milliards de dollars se profile à l’horizon pour atteindre l’équilibre budgétaire promis. Ce n’est pas une surprise pour quiconque suit les finances publiques avec attention, mais l’ampleur du défi mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Derrière ces milliards se cachent des choix de société qui définiront le Québec des prochaines années. La question n’est pas tant de savoir si l’équilibre est souhaitable – la prévisibilité budgétaire reste un objectif légitime – mais plutôt comment nous comptons y arriver sans sacrifier ce qui fait la cohésion de notre société.

Les scénarios pour combler cet écart sont connus: compressions dans les dépenses, gels d’embauche ou de salaires, hausses de revenus via la fiscalité, ou encore négociation de nouveaux transferts fédéraux. Chacune de ces options comporte son lot de conséquences. Les compressions, nous les avons vécues dans les années 2010, et les cicatrices sont encore visibles dans nos hôpitaux et nos écoles. Les gels salariaux frappent directement les travailleuses et travailleurs du secteur public, qui représentent près de 20% de la main-d’œuvre québécoise. Quant aux hausses fiscales, elles soulèvent invariablement le spectre de l’exode des talents, bien que les données montrent que la mobilité interprovinciale reste largement stable.

Ce qui m’inquiète dans ce débat, c’est la tentation de réduire l’enjeu à une simple équation comptable. Un budget n’est pas qu’une feuille de calcul: c’est le reflet de nos priorités collectives. Lorsqu’on coupe dans les services publics pour atteindre l’équilibre, on transfère inévitablement le fardeau vers les individus et les familles, qui doivent alors compenser par leurs propres moyens. Les classes moyennes et les plus vulnérables paient le prix fort, tandis que les inégalités se creusent. L’austérité des années 2014-2017 nous a enseigné que l’équilibre budgétaire obtenu au détriment des services essentiels finit par coûter plus cher à long terme, en santé publique, en décrochage scolaire, en productivité perdue.

Pourtant, des marges de manœuvre fiscales existent, même si elles sont politiquement sensibles. Le Québec affiche l’un des taux d’imposition des particuliers les plus élevés au pays, certes, mais nos revenus de taxe de vente et nos redevances sur les ressources naturelles restent sous-exploités comparativement à d’autres juridictions. Une révision de la fiscalité des plus hauts revenus, une meilleure taxation du capital, ou encore une réforme des crédits d’impôt aux entreprises pourraient générer des centaines de millions sans toucher aux services. Le débat doit également inclure les transferts fédéraux en santé, notoirement insuffisants et qui représentent un manque structurel que Québec ne peut combler seul.

En définitive, la vraie question posée par ce trou de 5 milliards n’est pas technique, elle est éthique: quel type de société voulons-nous bâtir? Un retour à l’équilibre est souhaitable, mais pas à n’importe quel prix. Les données des cycles budgétaires précédents montrent qu’une approche graduelle, combinant maîtrise rigoureuse des dépenses et ajustements fiscaux ciblés, permet d’atteindre la stabilité financière sans déchirer le tissu social. L’équilibre budgétaire ne devrait jamais être une fin en soi, mais un moyen de garantir la pérennité de nos institutions publiques. C’est dans cet esprit que le débat électoral doit se tenir, loin des slogans simplistes et près des réalités vécues par les Québécoises et les Québécois.

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