Sept cents millions de dollars. Évaporés. Versés à des entreprises fantômes qui promettaient l’avenir électrique et qui ont coulé sans laisser de traces, sinon des friches industrielles et des factures que nous paierons pendant des décennies. Le rapport de la Vérificatrice générale du Québec dévoile ce que les mouvements sociaux dénoncent depuis des années : la filière batterie n’était pas une transition écologique, c’était une aubaine pour des actionnaires étrangers et une arnaque organisée aux frais du public. Pendant qu’on asphyxie nos services de santé et nos logements sociaux, on a déversé des chèques en blanc dans les poches de spéculateurs qui savaient très bien qu’ils ne tiendraient jamais leurs promesses vertes.
L’audit révèle une improvisation criminelle : aucun objectif mesurable, aucun échéancier contraignant, aucun mécanisme de reddition de compte digne de ce nom. On a donné l’argent en souriant, en posant pour les photos devant des projets qui n’existaient que sur PowerPoint. Les ministres ont célébré des « partenariats stratégiques » qui n’étaient que des coquilles vides, portées par la rhétorique du développement durable mais structurées par la logique la plus prédatrice du capitalisme extractif. Quand les compagnies ont fait faillite, les gouvernements ont haussé les épaules. Quand les travailleurs ont perdu leurs emplois, personne n’a présenté d’excuses. Quand les contribuables ont compris qu’ils avaient été floués, il était déjà trop tard.
Ce naufrage illustre parfaitement la doctrine néolibérale : privatiser les profits, socialiser les pertes. Les bénéfices hypothétiques devaient enrichir des actionnaires privés, souvent basés à l’étranger, pendant que les risques financiers reposaient entièrement sur nos épaules collectives. Pendant ce temps, des projets de logements abordables manquent de financement, des écoles croulent sous les besoins non comblés, des soins de santé sont rationnés. Ces 700 millions auraient pu construire des milliers d’unités de logement social, embaucher des milliers de travailleuses et travailleurs dans les services publics, financer une véritable transition énergétique sous contrôle démocratique. Au lieu de ça, on a subventionné la cupidité et on nous demande maintenant d’accepter l’austérité comme prix de cette gabegie.
Syndicats, groupes environnementaux et collectifs citoyens hurlent depuis le début que cette filière était un mirage. « On nous vend la transition verte pendant qu’on nous vole nos conditions de vie », témoigne une organisatrice syndicale de l’Abitibi, région sacrifiée sur l’autel de l’extractivisme déguisé en innovation. La colère monte, légitime et viscérale, contre cette classe politique qui a abandonné toute prétention au bien commun pour servir les intérêts du capital mondialisé. Chaque dollar perdu dans cette débâcle est un dollar arraché aux services essentiels, aux communautés appauvries, aux jeunes qui ne trouvent pas de logement, aux aînés qui attendent des soins. Ce n’est pas une erreur budgétaire : c’est un détournement systémique de nos ressources collectives.
La vraie transition écologique ne se fera jamais dans les boardrooms des multinationales ni sous la dictature du marché. Elle exigera un contrôle démocratique sur les investissements publics, une propriété collective des infrastructures stratégiques, et l’arrêt immédiat de cette logique suicidaire qui confie notre avenir climatique à des joueurs privés qui ne répondent qu’à leurs actionnaires. Les 700 millions perdus dans la filière batterie ne sont pas seulement un gaspillage : c’est le symbole d’un système à bout de souffle qui préfère enrichir quelques-uns plutôt que de sauver la planète et ses habitants. Il est temps d’exiger des comptes, de reprendre le contrôle, et de construire une économie au service de la vie plutôt que du profit. Sinon, préparez-vous : les prochaines factures seront encore plus salées.





