Ford vient de lancer un message clair : la planète peut bien brûler, tant que les profits chauffent. En ralentissant sa production de véhicules électriques, le géant de l’automobile jette un pavé dans le moteur de la transition écologique. Le PDG invoque la « demande insuffisante »—traduction : les marges ne sont pas à la hauteur. Voilà le vrai visage du capitalisme vert : une façade pseudo-durable collée sur un moteur à essence plein d’avidité. Pendant que les glaciers fondent, Ford compte ses dividendes.
Ne nous racontons pas d’histoires. Ce n’est pas la « rue » qui freine le virage énergétique, ce sont les grandes entreprises. Elles s’arrogent le pouvoir de la transition, tout en sabotant sa vitesse. Le cynisme est coulé dans l’acier de leurs chaînes de production. Dans leur logique, mieux vaut vendre deux F-150 surdimensionnés que proposer une mobilité sobre et collective. L’absurde devient la norme, la destruction un business model.
L’État observe, inerte. Depuis des décennies, les gouvernements ont abandonné le terrain de l’audace climatique au privé — comme s’il suffisait d’un logo vert et d’une promesse de neutralité carbone pour sauver le vivant. Où sont les plans publics, massifs, solidaires ? Où est le courage politique face aux mastodontes de Detroit et d’ailleurs ? Les politiques climatiques ambitieuses s’effondrent comme des ponts non entretenus : lentement d’abord, brutalement ensuite.
Ce revirement de Ford, c’est une gifle pour les travailleurs aussi. Pas ceux des conseils d’administration, bien sûr, mais des usines, des lignes, des garages. Quand la production cale, ce sont eux qui trinquent. La transition juste, celle qui garantit des emplois décents dans un monde décarboné et réparateur, ne viendra jamais d’une corporation assoiffée. Elle doit être pensée, planifiée, pilotée collectivement. Il ne peut y avoir de justice climatique sans justice sociale, et aucune des deux ne se construira au rythme des actionnaires.
Il est temps de couper le moteur du rêve américain qui hurle encore dans nos villes. Ce n’est pas d’un nouveau modèle Ford dont on a besoin, mais d’un nouveau modèle de société — un où la planète n’est pas un détail comptable, où les gens comptent plus que les profits. Organisons-nous. Nationalisons les leviers de la transition. Libérons-nous de cette route mortuaire que dessinent les empires industriels. L’espoir ne se fabrique pas en série. Il se sème, il se construit, à mains nues, ensemble.





