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Inondations à Montréal : Québec regarde ailleurs

L’eau monte, les infrastructures craquent, et nos gouvernements comptent les sous. Dans l’ouest de l’île et sur la Rive-Sud, des centaines de familles se retrouvent les pieds dans l’eau, leurs sous-sols transformés en piscines toxiques, leurs vies bouleversées par des pluies qu’on qualifie pudiquement d’« exceptionnelles ». Sauf qu’il n’y a plus grand-chose d’exceptionnel dans ces catastrophes : les épisodes météorologiques extrêmes se multiplient dans un Québec qui tarde à investir à la hauteur des besoins en prévention et en adaptation. Pour plusieurs sinistrés, les dégâts représentent une perte totale. Totale, comme l’absence de vision politique que dénoncent de nombreux observateurs face à la crise climatique.

Les pannes électriques qui ont touché des dizaines de milliers de foyers ne sont pas seulement des accidents isolés : elles mettent en lumière la vulnérabilité d’infrastructures soumises à des événements météorologiques de plus en plus intenses. Pendant qu’Hydro-Québec continue de verser d’importants dividendes au gouvernement, des citoyens se retrouvent dans le noir, parfois incapables de pomper l’eau qui envahit leurs maisons. Les aqueducs éclatent, les égouts débordent, et on nous dit d’être patients. Patients ? Pendant combien de décennies encore devrons-nous accepter que nos infrastructures publiques soient sous-financées ou insuffisamment adaptées aux réalités climatiques plutôt que traitées comme des services essentiels à protéger et à renforcer ?

Cette catastrophe n’est pas uniquement naturelle : elle est aussi politique. Chaque report de travaux d’entretien, chaque projet de développement approuvé sans prise en compte adéquate des enjeux de drainage, chaque surface imperméabilisée qui empêche l’eau de s’infiltrer naturellement dans le sol — tout cela contribue à construire le désastre pièce par pièce. Les inondations à Montréal ne tombent pas du ciel par simple malchance : elles sont aussi le fruit de décennies de sous-investissement dans certaines infrastructures, d’un aménagement du territoire contesté et de choix politiques qui, selon leurs critiques, laissent des quartiers plus exposés que d’autres aux conséquences des crues et des pluies diluviennes.

Les résidents témoignent de pertes déchirantes : meubles détruits, souvenirs engloutis, sentiment d’impuissance face à un État qui arrive souvent trop tard. Plusieurs affirment avoir reçu l’assurance que les réseaux étaient conformes aux normes en vigueur. Mais aux normes de quelle époque ? Le climat a changé, les pluies sont plus intenses, et de nombreuses infrastructures ont été conçues selon des paramètres aujourd’hui remis en question. Résultat : des familles qui perdent tout pendant que les assureurs évaluent les réclamations et que les gouvernements multiplient les programmes d’aide d’urgence — des pansements sur une jambe de bois pour ceux qui réclament une véritable stratégie d’adaptation.

Il est temps d’appeler cette crise par son nom : une crise profonde de résilience urbaine. Montréal et Québec doivent cesser de traiter les changements climatiques comme un enjeu futur et investir massivement dans la résilience urbaine — réseaux d’égouts séparatifs, corridors verts, infrastructures modernisées, logements sociaux adaptés. Sinon, on continuera de pleurer devant les caméras à chaque orage, de promettre des plans d’action qui tardent à se concrétiser, et de laisser les plus vulnérables faire face aux conséquences d’une indifférence bureaucratique persistante. L’eau monte : soit on agit, soit on coule ensemble.

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