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Itinérance à Montréal : Cartierville et la crise du logement

Les tentes ont poussé comme des champignons sur le gazon de Cartierville, à deux pas d’un centre culturel et de deux centres de la petite enfance. Ce n’est plus le centre-ville qui héberge la misère : elle s’installe désormais partout, là où les loyers ont explosé, où les logements abordables ont disparu et où les filets sociaux se déchirent sous le poids de l’indifférence politique. Ce campement n’est pas une anomalie, c’est le symptôme d’une crise systémique qu’on refuse encore de nommer pour ce qu’elle est : une violence structurelle contre les plus vulnérables.

Les résidents du quartier oscillent entre compassion et inquiétude. Des parents déposent leurs enfants au CPE en contournant des abris de fortune, des travailleuses communautaires multiplient les interventions sans recevoir les ressources nécessaires, et les familles voient leur quartier se transformer en zone de détresse sans plan d’action clair. « On ne sait plus où donner de la tête », confie une intervenante locale épuisée par l’ampleur de la tâche. Les organismes communautaires, déjà sous-financés et surchargés, portent seuls le fardeau d’une catastrophe sociale qui devrait mobiliser l’État tout entier.

Pendant ce temps, les loyers continuent leur ascension folle, stimulés par la spéculation immobilière et l’inaction des gouvernements qui préfèrent parler de « défis du marché » plutôt que d’injustice systémique. À Montréal, des milliers de personnes vivent à un chèque de paie de la rue, coincées entre des salaires stagnants et des coûts d’habitation stratosphériques. La pénurie de logements sociaux s’aggrave année après année, alors que les promoteurs construisent des condos hors de prix et que les élus se contentent de promesses électorales sans lendemain. Le campement de Cartierville, c’est le visage brutal d’une politique du logement qui a abandonné les pauvres.

La tentation est grande, pour certains décideurs, de simplement « déplacer le problème » : démanteler le campement, disperser les personnes, nettoyer les lieux et prétendre que tout va mieux. Mais déménager la misère ne la fait pas disparir, elle la rend juste plus invisible, plus diffuse, plus violente encore pour celles et ceux qui la subissent. Cette logique répressive ne fait qu’aggraver les traumatismes et priver les gens de la dignité minimale que leur offrait un abri, aussi précaire soit-il. Ce qu’il faut, ce ne sont pas des raids policiers ni des mesures cosmétiques, mais des investissements massifs en logement social, des politiques de contrôle des loyers et un réel soutien aux organismes de première ligne.

Cartierville nous rappelle cruellement que l’itinérance n’est pas une question morale ou individuelle, mais politique et collective. Chaque tente plantée dans un parc, chaque personne qui dort dehors en 2025, c’est le reflet d’un choix de société : celui de laisser le marché dicter qui mérite un toit et qui doit survivre dans la rue. Les quartiers ne peuvent plus porter seuls cette charge. Il est temps que l’État assume ses responsabilités et agisse avec l’urgence que la situation exige, avant que la crise ne dévore encore plus de vies et de communautés.

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