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Itinérance en banlieue à Cartierville : crise du logement

L’apparition d’un campement de personnes en situation d’itinérance à Cartierville, près de deux centres de la petite enfance, illustre une réalité que les données documentent depuis deux ans : la crise du logement et de l’itinérance ne se limite plus au centre-ville de Montréal. Selon le dernier dénombrement municipal, le nombre de personnes en situation d’itinérance visible a augmenté de 38 % entre 2022 et 2024, et cette croissance s’observe désormais dans des arrondissements traditionnellement épargnés. Cartierville, quartier résidentiel d’Ahuntsic-Cartierville, rejoint ainsi Mercier-Est, Rosemont et Saint-Léonard dans une géographie en expansion de la précarité urbaine.

Cette migration s’explique par une conjonction de facteurs économiques mesurables. Le taux d’inoccupation des logements locatifs à Montréal stagne sous la barre des 2 % depuis 2021, tandis que le loyer moyen d’un trois pièces et demie a bondi de 26 % en trois ans, atteignant 1 287 $ en 2024 selon la SCHL. Parallèlement, 18,4 % des ménages montréalais consacrent plus de 50 % de leur revenu au logement, un seuil critique qui précipite les ruptures. Les quartiers comme Cartierville, longtemps abordables, voient leurs loyers augmenter plus vite que le revenu médian de leurs résidents, créant un effet d’éviction progressive des locataires à faible revenu.

La précarité du travail amplifie ce phénomène. En 2024, 37 % des emplois créés à Montréal relevaient du travail autonome ou temporaire, souvent sans protections sociales. Les travailleurs des secteurs des services, de la restauration et du commerce de détail – surreprésentés dans les arrondissements périphériques – subissent des revenus imprévisibles qui rendent difficile le maintien d’un bail. Lorsqu’un imprévu survient (maladie, perte d’emploi, conflit familial), le filet de sécurité sociale montre ses lacunes : les délais d’accès aux prestations d’aide sociale peuvent atteindre six semaines, période durant laquelle les arriérés s’accumulent et mènent à l’éviction.

Les organismes communautaires d’Ahuntsic-Cartierville, déjà sollicités pour l’aide alimentaire et les services de santé mentale, manquent de ressources pour répondre à cette nouvelle demande. Le CIUSSS du Nord-de-l’Île rapporte une hausse de 42 % des demandes d’hébergement d’urgence dans ce secteur depuis janvier 2024, alors que la capacité d’accueil n’a augmenté que de 12 %. Cette pression crée un effet de débordement : les personnes refusées dans les refuges saturés du centre-ville cherchent refuge dans des secteurs moins surveillés, d’où l’émergence de campements dans des parcs et espaces publics périphériques.

Face à cette expansion prévisible de la crise, les données internationales démontrent que les stratégies de prévention et de logement permanent offrent le meilleur rendement social. Une étude albertaine de 2023 a calculé qu’un dollar investi dans le logement social avec accompagnement génère 2,17 $ d’économies en services d’urgence, judiciaires et de santé. À Montréal, la construction de 2 000 logements sociaux annuels coûterait environ 350 millions $, soit moins que les 420 millions $ dépensés annuellement en interventions d’urgence liées à l’itinérance. L’inaction, mesurée en vies brisées et en coûts reportés, demeure l’option la plus dispendieuse – une réalité que Cartierville vient cruellement rappeler.

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