Dans une pluie d’applaudissements feints et de communiqués creux, Ottawa a signé cette semaine un pacte toxique avec l’Alberta, sacrifiant les engagements climatiques sur l’autel d’un oléoduc. Le gouvernement dit que c’est un compromis; c’est un enterrement. Un renoncement honteux à toute cohérence écologique, à la veille même de la COP30. Pendant que la planète brûle, le Canada choisit de couler davantage de pétrole. Ce n’est plus de l’indifférence, c’est de la complicité.
La démission de Steven Guilbeault, ce ministre vert devenu fusible gouvernemental, incarne ce que beaucoup d’entre nous ressentent : une trahison. Comment un ancien militant de Greenpeace a-t-il pu cautionner aussi longtemps des décisions qui piétinent ses convictions passées ? Sa sortie est amère, sans conviction réelle. Ce n’est pas une révolte, c’est un abandon. Un signal clair : les intérêts fossiles dictent la conduite du pays – et les voix écologiques sont réduites au silence quand elles dérangent le pipeline de la croissance à court terme.
Les Premières Nations, encore une fois, n’ont pas été consultées. On bafoue leurs droits territoriaux avec la régularité d’un vieil automate colonial. Et qui paiera les conséquences de ce contrat sale ? Les jeunes, les communautés racisées, les quartiers populaires déjà inondés, brûlés ou asphyxiés par une crise climatique que les politiciens refusent encore d’affronter. Cette décision n’est pas simplement irresponsable – elle est violente. Elle tue à petit feu en précipitant les catastrophes et en condamnant une génération entière à survivre sous la menace constante de la fuite en avant pétrolière.
Les capitalistes fossiles comptent leurs dividendes. Le gouvernement invente des justifications économiques comme on récite un vieux catéchisme : croissance, stabilité, prospérité. Mais c’est une illusion. Miser encore sur le pétrole en 2025, c’est miser sur un Titanic énergétique. Les profits d’aujourd’hui sont les famines de demain, les incendies de l’an prochain. Et pendant qu’on noie les plans de transition dans le bitume dilué d’un oléoduc, la Colombie-Britannique, elle, gronde. Des rassemblements partout. Des pancartes peintes à la hâte. Des lycéen·nes en grève. Le pays se fracture entre ceux qui vivent dans l’urgence et ceux qui investissent dans le déni.
Ce n’est pas juste un pipeline. C’est un choix civilisationnel. On aurait pu s’unir pour agir, écouter la Terre, construire des avenirs viables. Mais Ottawa a privilégié les profits d’une industrie déjà en voie d’extinction. À nous maintenant de refuser leur récit. Descendre dans la rue. Créer nos propres médias. Bloquer les tuyaux de l’absurde. Parce que tant qu’il y aura du pétrole, il n’y aura pas de paix. Et parce que sur cette terre, il n’y aura pas de climat digne sans désobéissance climatique.





