Camille-Dufresne_2026-10-08_LE-REM-paralyse

Panne du REM : le prestige écrase le service public

Lundi matin, des milliers de personnes ont vu leur journée exploser en plein vol. Le REM, cette merveille technologique vendue comme l’avenir du transport montréalais, s’est arrêté net. Pas pour une heure, pas pour un wagon: tout le réseau, figé dans un silence gênant qui en dit long sur la fragilité de nos infrastructures spectacles. Pendant que les travailleuses et travailleurs essentiels manquaient leur quart, que des parents perdaient leur salaire faute de pouvoir arriver à temps, le message était clair: on a construit un système pour briller sur Instagram, pas pour tenir sous la pluie.

Cette panne n’est pas un accident isolé, c’est un symptôme. À l’heure où les événements météorologiques extrêmes se multiplient — tempêtes de verglas, pluies diluviennes, canicules écrasantes —, nos réseaux de transport devraient être pensés pour la résilience, pas pour le rayonnement. Le REM incarne cette logique capitaliste où l’image prime sur la substance: un projet de partenariat public-privé (PPP) conçu pour enrichir des promoteurs et épater les investisseurs, mais qui craque dès que le climat rappelle qu’il ne négocie pas. Où sont les redondances? Les plans B? Les circuits de secours qui protègent les usagers plutôt que les marges de profit?

Parce que derrière chaque panne, il y a des vies réelles fracassées. Des infirmières qui n’arrivent pas à l’hôpital. Des mères monoparentales qui perdent une journée de paie. Des étudiantes qui ratent un examen crucial. Ces coûts humains n’apparaissent jamais dans les PowerPoints de CDPQ Infra, mais ils sont réels, chiffrables, insupportables. Quand une infrastructure privatisée tombe en panne, ce sont toujours les mêmes qui paient: celles et ceux qui n’ont pas de voiture de rechange, pas de télétravail confortable, pas de marge de manœuvre dans leur budget-temps. La solidarité, elle, reste coincée sur le quai.

Ce qui se cache derrière cette débâcle, c’est une gouvernance opaque où personne ne répond vraiment de rien. CDPQ Infra gère le REM comme un portefeuille d’investissement, pas comme un service public. Les décisions se prennent loin des usagers, loin des élus, loin de toute forme de reddition de comptes démocratique. Quand ça plante, on nous sert des communiqués aseptisés et des excuses corporatives. Mais qui paie les salaires perdus? Qui dédommage les heures volées? Personne. Le privé empoche les profits en temps normal, et le public absorbe les crises. C’est la logique du capitalisme appliquée au transport collectif, et ça pue.

La vraie transition écologique, celle qu’on doit construire urgemment, ne ressemble pas à ça. Elle exige des réseaux publics, robustes, pensés pour durer et s’adapter, pas pour attirer les caméras et les capitaux. Elle demande qu’on finance massivement la maintenance, qu’on embauche du personnel qualifié, qu’on écoute les syndicats et les usagers plutôt que les consultants en PPP. Le REM à l’arrêt, c’est la leçon brutale d’une société qui a confondu vitesse et solidité, prestige et justice. Il est encore temps de choisir un autre chemin — celui où les trains roulent même quand il pleut, et où personne n’est laissé sous la pluie.

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