L’Assemblée nationale se cherche un président, et c’est le silence radio du côté du PLQ et de Québec solidaire. Alors que la CAQ et le PQ ont déjà désigné leurs candidats, les libéraux et les solidaires refusent de jouer le jeu, préférant garder leurs troupes au complet pour les votes serrés à venir. Ce calcul politique à courte vue révèle une réalité brutale : dans un contexte minoritaire, les symboles institutionnels deviennent des pions sacrifiables sur l’échiquier du pouvoir. La présidence de l’Assemblée, traditionnellement occupée par consensus pour incarner la neutralité démocratique, est désormais otage des stratégies partisanes. Ce refus de proposer un candidat n’est pas qu’une chicane de procédure : c’est le symptôme d’une classe politique qui instrumentalise les institutions au lieu de les servir.
Derrière ce blocage se cache une méfiance toxique qui gangrène notre vie parlementaire. Aucun parti ne veut sacrifier un siège, aucun ne veut offrir à l’adversaire un avantage arithmétique, même minime. Résultat : on se retrouve avec un hémicycle paralysé par ses propres règles, incapable de nommer celui ou celle qui devra justement arbitrer ses débats. Cette logique du chacun pour soi transforme chaque geste institutionnel en affrontement tribal, et chaque compromis en capitulation. Les citoyens, eux, assistent à ce spectacle avec un cynisme grandissant. Comment croire en la démocratie parlementaire quand ceux qui la composent refusent d’en respecter les rituels les plus élémentaires par pur calcul partisan?
Le risque institutionnel est bien réel. Si la présidence devient un terrain de bras de fer permanent, c’est toute la crédibilité de l’Assemblée qui s’effrite. Un président élu dans la controverse, contesté, ou pire, imposé par un vote partisan serré, ne pourra jamais jouer pleinement son rôle d’arbitre neutre. On ouvre alors la porte à une politisation accrue de chaque décision parlementaire, à des chicanes procédurales sans fin, et à une dégradation du climat de travail législatif. Les démocraties fragiles savent à quel point ces fissures symboliques peuvent s’élargir dangereusement. Quand les institutions perdent leur légitimité interne, c’est l’ensemble du système qui vacille. Et pendant ce temps, les urgences sociales et climatiques attendent, elles, dans l’antichambre d’un parlement trop occupé à se tirailler.
À court terme, le PLQ et QS peuvent se dire qu’ils gagnent en gardant leurs sièges et leur poids de vote intact. Mais à long terme, qui paie la facture de cette stratégie du chacun pour soi? C’est la confiance publique, cette ressource non renouvelable de la démocratie, qui s’érode. Les citoyens ne se souviendront pas du vote serré qui a fait pencher un projet de loi obscur, mais ils se rappelleront que leurs élus ont été incapables de s’entendre sur l’essentiel. Ce cynisme parlementaire nourrit directement la montée des discours anti-système et la tentation autoritaire. Quand les institutions démocratiques semblent incapables de fonctionner, le terrain est fertile pour ceux qui promettent de tout casser et recommencer. Ce n’est pas qu’une question de principe parlementaire : c’est une question de survie démocratique.
Alors oui, questionnons cette tendance malsaine à transformer chaque symbole parlementaire en monnaie d’échange politique. La présidence de l’Assemblée n’est pas un siège comme les autres : c’est l’incarnation de la neutralité, de l’impartialité, du respect des règles communes. En refusant de proposer des candidats, le PLQ et QS ne font pas que protéger leur poids électoral, ils abandonnent leur responsabilité collective envers l’institution. Ce n’est pas du courage politique, c’est de la lâcheté institutionnelle. Et pendant que les partis jouent à ce jeu dangereux, c’est toute la crédibilité de notre démocratie parlementaire qui brûle, lentement, sous nos yeux. Il est temps de choisir : servir l’institution ou s’en servir.





