Camille_Dufresne_2026-07-30_profits_fossiles_reprendre_largent_du_crime

Profits fossiles : reprendre l’argent du crime climatique

Pendant que nos rivières débordent, que nos forêts brûlent et que nos factures d’électricité explosent, les géants pétroliers empochent des profits obscènes. Oxfam-Québec vient de lancer un appel clair: taxer les profits excessifs de l’industrie fossile. Ce n’est pas un geste symbolique de bonne conscience progressiste, c’est une mesure de justice climatique élémentaire. Chaque dollar engrangé par ces corporations sur le dos de l’extraction représente une dette contractée contre notre avenir collectif, contre la santé de nos communautés, contre la simple possibilité d’un monde habitable. Reprendre cet argent, c’est réparer un vol systémique.

Ces profits exceptionnels ne tombent pas du ciel: ils sont le fruit d’une structure économique qui socialise les coûts et privatise les gains. Pendant que Shell, Exxon et consorts accumulent des milliards record, ce sont nos impôts qui financent les infrastructures détruites par les inondations, nos systèmes de santé qui absorbent les vagues de chaleur mortelles, nos ménages qui paient la facture énergétique gonflée par la spéculation. L’industrie fossile ne finance pas la transition qu’elle rend nécessaire, elle finance le lobbying qui la retarde. Chaque trimestre de superprofits est un trimestre de plus à acheter des députés, à financer des campagnes de désinformation et à saboter toute politique climatique ambitieuse.

Face à cette réalité, les partis centristes et conservateurs nous servent leur litanie habituelle du « réalisme économique ». Ils nous disent qu’on ne peut pas toucher aux pétrolières sans nuire à l’emploi, à la croissance, à la « compétitivité ». Déconstruisons cette fable: ces entreprises licencient massivement tout en distribuant des dividendes records à leurs actionnaires, elles investissent des miettes dans les renouvelables tout en planifiant de nouvelles forages, elles menacent de partir tout en sachant qu’elles ne peuvent abandonner leurs infrastructures. Le soi-disant réalisme, c’est l’acceptation servile d’un ordre économique suicidaire. Le vrai réalisme, c’est de reconnaître que la facture climatique sera payée d’une façon ou d’une autre, et qu’il vaut mieux la faire payer à ceux qui ont créé le désastre.

Une taxe exceptionnelle sur les profits fossiles pourrait générer des milliards pour financer ce dont on a désespérément besoin: adaptation de nos infrastructures aux chocs climatiques, expansion massive du transport collectif, programme d’envergure de rénovation énergétique des logements. Ce ne sont pas des dépenses de luxe, ce sont des investissements de survie. Chaque autobus électrique de plus, c’est moins de CO2 et moins de familles étranglées par les coûts du char. Chaque bâtiment rénové, c’est moins de précarité énergétique et moins de dépendance aux énergies sales. Cet argent existe déjà, il est juste entre les mauvaises mains, celles qui l’utilisent pour acheter leur impunité et notre inaction.

Les profits extraordinaires ne doivent jamais devenir des droits extraordinaires. L’industrie fossile n’a aucune légitimité morale à accumuler des fortunes pendant que le monde brûle, aucun droit acquis à extraire et polluer sans limite. L’appel d’Oxfam-Québec n’est pas radical, il est le strict minimum de cohérence dans un système qui a fait de la destruction planétaire un modèle d’affaires rentable. Taxer ces profits, c’est reprendre ce qui nous a été volé: notre climat, notre santé, notre avenir. C’est refuser que la catastrophe enrichisse ses architectes. Et c’est dire enfin que l’argent du crime climatique doit servir à réparer, pas à détruire davantage.

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