Marie-Claude Tremblay se souvient encore du matin où son réfrigérateur a rendu l’âme. C’était un mardi de janvier, les enfants partaient pour l’école, et soudain : plus rien. Acheté neuf il y a trois ans à peine, l’appareil avait coûté 1 200 $. « On a perdu tout ce qu’il y avait dedans. Le lait, les légumes, la viande pour la semaine. J’ai pleuré dans ma cuisine », raconte cette mère de trois enfants de Longueuil. Sans garantie prolongée et avec un budget serré, elle a dû emprunter pour racheter un autre frigo. Des histoires comme celle de Marie-Claude, Option consommateurs en entend des dizaines chaque mois. Et c’est justement pour protéger ces familles qu’une nouvelle garantie légale sur les électroménagers doit entrer en vigueur le 5 octobre prochain.
Mais le géant de la vente au détail Tanguay vient de demander aux tribunaux de suspendre cette mesure. L’entreprise estime que la loi impose un fardeau économique trop lourd et qu’elle crée de l’incertitude pour les détaillants. Pourtant, du côté des familles, l’incertitude existe déjà : celle de ne jamais savoir si l’appareil qu’on achète tiendra plus de deux ans. « On paie le gros prix pour du neuf, et ça brise avant même d’être payé », déplore Sylvain Bélanger, un père de famille de Trois-Rivières qui a vu sa laveuse tomber en panne après 18 mois. Pour lui, cette garantie représente un espoir concret : que les fabricants soient enfin tenus responsables de la durée de vie de leurs produits.
La nouvelle garantie légale obligerait les détaillants et fabricants à réparer ou remplacer gratuitement tout appareil qui cesse de fonctionner dans un délai jugé trop court par rapport à son prix et à sa nature. Finis les débats interminables avec le service à la clientèle, les preuves d’achat perdues, les frais de diagnostic. « C’est une avancée majeure pour rééquilibrer le rapport de force », affirme Sylvie De Bellefeuille, avocate chez Option consommateurs. Elle rappelle que les ménages à revenus modestes sont les plus touchés : pour eux, un électroménager brisé peut signifier des semaines sans laveuse, des repas sautés, du stress qui s’accumule. « Ce n’est pas juste une question de commerce. C’est une question de dignité », insiste-t-elle.
Derrière les chiffres et les procédures judiciaires, il y a des enfants qui mangent des sandwichs froids parce que la cuisinière ne fonctionne plus. Il y a des parents qui lavent le linge à la main dans le bain. Il y a l’humiliation de devoir demander de l’aide, encore. « Quand t’es dans le jus financièrement, chaque appareil qui brise, c’est une montagne », résume Marie-Claude. Elle espère que les tribunaux rejetteront la demande de Tanguay. « Les grandes compagnies ont les moyens de s’adapter. Nous, on n’a pas les moyens de remplacer un frigo à tous les deux ans. »
En attendant la décision des juges, des milliers de familles retiennent leur souffle. Cette garantie ne changera peut-être pas le monde, mais elle pourrait changer leur quotidien. Elle pourrait leur redonner un peu de contrôle, un peu de sécurité. « On veut juste que ce qu’on achète dure, c’est pas trop demander », conclut Sylvain. Et dans cette phrase toute simple, il y a toute la dignité d’une demande légitime : celle de ne plus être laissé seul face à des géants qui placent leurs profits avant les besoins des familles.





