Camille_Dufresne_2026-06-19_racisme_comme_systeme

Racisme systémique au SPVM : un système à démanteler

Un rapport d’experts indépendants vient de confirmer noir sur blanc que le racisme demeure profondément ancré au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et que plusieurs indicateurs soulèvent de graves préoccupations quant au profilage racial et aux discriminations vécues par les personnes noires, arabes et autochtones. Pas une pomme pourrie. Pas un agent isolé. Un système qui, selon de nombreux témoignages et rapports accumulés au fil des années, profile, humilie et cible de façon disproportionnée les mêmes communautés. Pendant que les politiciens se drapent dans leurs déclarations creuses sur la diversité, l’institution policière continue de faire l’objet de critiques récurrentes, protégée par une culture interne où certains employés noirs du SPVM disent craindre des représailles s’ils dénoncent certaines situations. Pour plusieurs observateurs, cette violence n’est pas un bug : elle découle directement d’un appareil conçu dans un contexte historique marqué par des rapports de pouvoir raciaux et coloniaux.

Les caméras corporelles qu’on nous brandit comme solution magique ? Une façade pour plusieurs groupes communautaires. Filmer l’abus ne suffit pas si aucune sanction réelle ne suit, si les syndicats policiers protègent systématiquement leurs membres, si les mécanismes de surveillance demeurent largement perçus comme insuffisants. Le vrai scandale, c’est qu’on refuse toujours une commission d’enquête publique capable d’examiner les racines structurelles de cette violence. Pourquoi ? Parce que cela forcerait à nommer ce que de nombreux chercheurs, organismes communautaires et personnes concernées dénoncent depuis longtemps : le racisme systémique n’est pas une simple déviation individuelle, mais un phénomène institutionnel. Et admettre cela, c’est reconnaître l’ampleur des transformations nécessaires.

Pendant ce temps, les communautés racisées vivent sous surveillance constante. Chaque interaction avec la police peut comporter un risque important d’humiliation, de violence ou de traumatisme. Chaque interpellation pour un feu arrière brisé peut devenir le point de départ d’une expérience marquante et dégradante. La surpoliciarisation transforme souvent la pauvreté, la maladie mentale et le désespoir en enjeux de sécurité publique plutôt qu’en questions sociales nécessitant des investissements dans le logement, les services de santé mentale accessibles et le soutien communautaire. On choisit la matraque plutôt que la dignité, le cachot plutôt que le toit.

Le débat sur le « defunding » n’est pas une lubie radicale : c’est, pour ses défenseurs, une question de survie collective. Quand des millions financent les services policiers pendant que les refuges débordent et que les ressources en santé mentale peinent à répondre à la demande, on continue de privilégier la répression plutôt que le soin. Réduire certains budgets policiers et réinvestir dans les services sociaux, ce n’est pas nécessairement affaiblir la sécurité publique : pour plusieurs experts et groupes communautaires, c’est une façon de la construire autrement. La sécurité, ce n’est pas seulement plus de patrouilles dans nos quartiers, c’est aussi un loyer payable, un suivi psychologique accessible, une job qui permet de vivre dignement.

Ce rapport ne devrait surprendre personne qui écoute les communautés racisées depuis des décennies. Mais il doit servir de levier pour exiger enfin des comptes, une enquête publique indépendante et, surtout, un transfert accru de ressources vers ce qui protège réellement la vie : la justice sociale, le logement et la santé. Le racisme policier ne disparaîtra pas avec des formations sur les biais inconscients ou des chefs qui promettent de « faire mieux ». Pour ses détracteurs, seule une transformation profonde des structures qui reproduisent les inégalités permettra de s’attaquer durablement au problème. Ça commence maintenant, ou jamais.

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