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Redevances plateformes numériques : Ottawa capitule devant les géants du streaming

Le gouvernement Carney vient de plier l’échine devant Netflix, Spotify et consorts en reculant sur les redevances imposées aux plateformes numériques. Sous prétexte de « clarifier » la réglementation, Ottawa abandonne l’idée de faire payer leur juste part aux géants américains qui engrangent des milliards en aspirant notre attention collective. Ce n’est pas une simple révision administrative : c’est une capitulation en règle devant le lobby du Big Tech, qui préfère investir quelques miettes dans des productions locales qu’ils contrôlent plutôt que de financer réellement notre écosystème culturel. Pendant ce temps, les médias indépendants et les créateurs francophones continuent de crever à petit feu, étouffés par des algorithmes qui favorisent le contenu anglo-saxon et les productions massives.

La culture n’est pas un « extra » qu’on peut sacrifier sur l’autel de la croissance économique ou des relations commerciales avec les États-Unis. C’est un bien commun, un espace de résistance linguistique et identitaire, particulièrement au Québec où chaque production francophone représente un acte de survie collective face à l’océan anglophone. Quand Ottawa renonce à imposer des règles strictes aux plateformes, il ne fait pas que renoncer à des revenus fiscaux : il abandonne la souveraineté culturelle au profit d’entreprises qui ne doivent rien à personne, qui optimisent leur fiscalité dans des paradis offshore et qui transforment nos écrans en succursales de leur empire. Les quelques millions investis par Netflix dans des séries québécoises ne compensent en rien le transfert massif de richesse et d’attention vers Silicon Valley.

Ce transfert silencieux de richesse vers les géants du numérique n’est pas un phénomène abstrait : il se compte en emplois perdus dans les salles de rédaction, en cinémas fermés, en créateurs précaires qui doivent multiplier les projets pour survivre. Les plateformes captent non seulement nos dollars d’abonnement, mais aussi nos données, notre temps de cerveau disponible, notre capacité collective à imaginer d’autres mondes. Elles algorithmisent nos désirs, uniformisent nos références culturelles et remplacent la diversité par une bouillie globalisée de contenus formatés pour plaire au plus grand nombre. Pour la création francophone, déjà fragilisée par un marché restreint, c’est une double peine : moins de financement public stable, plus de concurrence déloyale avec des productions dopées aux budgets hollywoodiens.

Cette décision d’Ottawa s’inscrit dans une logique plus large de privatisation du commun et d’affaiblissement de l’État comme garant de l’intérêt collectif. En laissant les plateformes dicter les termes de leur présence sur notre territoire, le gouvernement transforme les citoyens en consommateurs et la culture en marchandise. La captation du public par le privé n’est pas neutre : elle façonne nos imaginaires, détermine ce qui sera vu ou invisibilisé, renforce les rapports de domination économiques et symboliques. Quand nos adolescents passent plus de temps sur TikTok que devant des œuvres québécoises, quand nos algorithmes nous enferment dans des bulles créées à San Francisco, nous perdons collectivement la capacité de nous raconter nos propres histoires, de contester l’ordre établi, de construire des récits émancipateurs.

Un État véritablement social-démocrate ne négocie pas avec les monopoles : il fixe des règles claires, les applique sans trembler et ne s’excuse pas de défendre l’intérêt général contre les profits privés. Il n’y a rien de radical à exiger que Netflix paie sa juste part, que Spotify finance la musique locale, que Disney+ contribue réellement au financement de la création d’ici. C’est le strict minimum pour préserver un espace culturel vivant et diversifié. Tant que nos gouvernements préféreront ménager les géants du numérique plutôt que de soutenir nos créateurs, journalistes et artistes, nous continuerons de glisser vers une colonisation culturelle douce mais implacable. Il est temps de choisir : défendre notre souveraineté culturelle ou devenir une simple filiale du divertissement mondialisé.

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