Camille_Dufresne_2026-10-21_alberta_quand_la_droite_instrumentalise_la_rage

Référendum albertain : la droite instrumentalise la rage

Le référendum albertain qui secoue le pays en ce moment n’est pas tombé du ciel. C’est le fruit pourri d’un capitalisme extractiviste qui a enrichi quelques pétrolières pendant des décennies, tout en laissant les travailleuses et travailleurs dans l’incertitude permanente face aux cycles boom-bust. Pendant que Mark Carney se réjouit à Ottawa du maintien fragile de l’unité canadienne, on refuse de nommer la vraie fracture : celle qui sépare les ultra-riches des communautés sacrifiées sur l’autel du profit. La question n’est pas de savoir si l’Alberta devrait se séparer ou rester, mais pourquoi tant de gens là-bas se sentent si abandonnés qu’ils sont prêts à tout casser.

Les droites autonomistes albertaines ont compris une chose que la gauche canadienne peine encore à saisir : la colère populaire est une ressource politique explosive. Elles la canalisent vers le ressentiment anti-Ottawa, vers une pseudo-identité provinciale construite autour du pétrole et du pickup truck. Elles pointent du doigt la péréquation, les « élites de l’Est », les politiques climatiques fédérales. Pendant ce temps, elles détournent l’attention des vrais coupables : les PDG qui engrangent des milliards pendant que les services publics s’effondrent, les propriétaires qui spéculent sur le logement, les banques qui financent la destruction du vivant. Ce référendum est une victoire idéologique pour ceux qui préfèrent diviser pour mieux régner.

Pourtant, les véritables enjeux sont ailleurs. L’Alberta, comme le Québec, l’Ontario ou les Maritimes, souffre des mêmes maux systémiques : sous-financement de la santé et de l’éducation, logements inaccessibles, précarité du travail, manque d’infrastructures pour une transition écologique juste. La péréquation est un bouc émissaire facile, mais elle ne représente qu’une fraction infime des budgets provinciaux. Le vrai vol, c’est celui des multinationales qui extraient les ressources sans payer leur juste part, qui externalisent leurs coûts environnementaux et sociaux sur nos communautés. Une solidarité concrète entre régions ne peut se construire qu’en redistribuant la richesse de haut en bas, pas en se battant pour les miettes entre provinces.

Réduire ce moment politique à une question d’identité ou de fierté régionale, c’est tomber dans le piège tendu par les conservateurs et leurs alliés libertariens. Ils veulent qu’on croie que le problème, c’est « les autres provinces » ou « le fédéral ». Non. Le problème, c’est un système économique qui concentre le pouvoir et la richesse entre les mains d’une infime minorité, peu importe la province. Les travailleuses du pétrole albertain et les infirmières montréalaises ont plus en commun entre elles qu’avec les élites qui les gouvernent. Tant qu’on refusera de nommer le capitalisme comme ennemi commun, on continuera à se déchirer sur des lignes artificielles tracées par ceux qui ont tout intérêt à nous maintenir divisés.

La seule réponse digne face à cette crise est une politique de solidarité radicale : investissements massifs dans la transition juste pour garantir des emplois verts et bien payés partout au pays, nationalisation des secteurs stratégiques comme l’énergie et le logement, redistribution de la richesse par une fiscalité progressive réelle. Au lieu de célébrer mollement le statu quo comme Carney, il faut avoir le courage de proposer un nouveau pacte social pancanadien, construit sur la justice climatique, l’égalité territoriale et la dignité pour toutes et tous. Sinon, on assistera à d’autres référendums, d’autres fractures, d’autres victoires pour ceux qui prospèrent sur notre division.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.