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REM Bois-Franc : un urbanisme qui oublie les piétons

À Bois-Franc, quartier modélisé pour les plans PowerPoint de promoteurs, l’arrivée du REM devait être une promesse de mobilité verte. Mais ce qu’on découvre sur le terrain, c’est une ville qui préfère des clôtures d’acier à des ponts humains. Lorsque le seul raccourci utile aux piétons entre les quartiers Saint-Laurent et Bois-Franc est fermé — sans préavis, sans alternatives — c’est un message clair : si t’as pas quatre roues, on t’invisibilise.

Cette barrière physique cristallise une réalité brutale. L’urbanisme à Montréal continue de reproduire la hiérarchie des corps et des classes. Ceux qui ont les moyens roulent en SUV sur des routes bien nettoyées. Les autres contournent des chantiers, enjambent des glissades de boue, pédalent entre les camions, ou renoncent. « C’est comme si on ne comptait pas, même pour aller bosser », me dit Safia, mère célibataire, en traversant un sentier de fortune au lever du jour.

Les choix d’infrastructures sont aussi des choix politiques. En verrouillant l’espace piéton, on verrouille des vies. Les travailleurs précaires, les aînés, les enfants qui vont seuls à l’école, les personnes en situation de handicap — toutes et tous pris·es au piège d’un urbanisme conçu sans leur voix. L’étalement automobile n’est pas neutre : c’est un catalyseur d’injustice climatique. Moins de transports actifs, c’est plus d’auto solo, plus de béton, plus de CO₂.

Des solutions existent, et elles poussent comme de mauvaises herbes entre les fissures du système. À Vancouver, certaines gares intègrent des passerelles piétonnes en bois réutilisé. À Barcelone, les superblocks rendent la rue aux enfants. Pourquoi pas ici ? Où sont les corridors verts, les passages communautaires temporaires, les comités citoyens consultés avant les pelleteuses ? On ne manque pas d’idées, on manque de volonté politique désintéressée.

Le REM à Bois-Franc est un miroir : il reflète une ville qui priorise le contrôle plutôt que le lien. Urbanisme sécuritaire pour investisseurs, exclusions quotidiennes pour les habitant·es. La vraie modernité, ce n’est pas un train sans conducteur. C’est une ville qui voit ses gens. Assez des clôtures. Ce qu’il faut, ce sont des chemins — pour marcher, pour vivre, pour se rencontrer.

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